LES AUTOBUS DE TOULON

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Autobus Étoile

  LES AUTOBUS ÉTOILE 

Les autobus Étoile, c'est la belle et longue histoire d'une compagnie née à la Seyne sur Mer, dans les années 30 et qui s'est achevée en 1979 lors de son absorption complète au sein du SITCAT (lui même disparu  à son tour, au profit du réseau Mistral né en 2003)

Un grand merci à Mrs Marius et Jean-Claude Autran

Autocar Renault CIJ R 4190  transformé en bus Etoile

Photos R. Le Corff -Ci-contre une évocation de mémoire, d'un autobus Étoile des années 55-60 réalisé par mes soins à partir d'un car Renault ( probablement un R 4190 ou 4191) fabriqué par CIJ. Je garde le souvenir de ces beaux autocars bleus frappés de leur étoile jaune d'or; Toulon - La Seyne -St-Elme - St-Mandrier - Les Sablettes  pouvait-on lire sur leurs pancartes selon les différentes lignes desservies...De nos jours, hélas , les "Étoile" chers au cœur des Toulonnais ont disparu, engloutis, fusionnés, digérés en 1979 au sein du SITCAT...les Étoiles ne brillent plus que dans les souvenirs des vieux Toulonnais nostalgiques du passé.

Sur le site de M. Marius Autran, une grande figure et un immense érudit de la Seyne-sur-Mer qui a écrit de nombreux articles et ouvrages sur l'histoire de la ville, on peut trouver de précieux renseignements sur la naissance et le développement des transports urbains de cette région et sur l'histoire des cars Étoile:

Les prémices :

L'emploi d'ouvriers seynois à l'Arsenal maritime de Toulon quadruple entre 1911 et 1931 (1 600 ouvriers d'État). Chaque jour, ils se déplacent vers Toulon par divers moyens : la marche, le bateau à vapeur de la ligne régulière, la bicyclette, le tramway, l'autobus qui commence avec les premières voitures de la compagnie Étoile lancée notamment par un ancien militant syndicaliste de l'Arsenal, M. Mazan.

Avant la guerre de 1939-1945, la voiture individuelle n'était pas du tout démocratisée; il n'était pas encore possible à la grande masse des travailleurs d'en faire l'acquisition, aussi les transports collectifs dans les années d'avant la guerre assuraient la plus grande partie des déplacements.

La compagnie des tramways et la société des bateaux à vapeur rendaient toujours de grands services, mais leurs dirigeants et les actionnaires envisageaient avec inquiétude l'organisation des transports automobiles.Des expériences concluantes faites dans les grandes villes de France incitèrent des entrepreneurs de transports locaux à échafauder des projets. La mutation allait se faire par étapes successives.

Autocar Unic Etoile 1933 M. Marino fondateur des cars Etoile, en 1926
Photos coll. Gabriel Bonnafoux : Ci-dessus à gauche un autobus Unic de 1933 photographié devant la "petite mer", le personnel pose fièrement devant son véhicule. Sur le toit, un panneau indique les arrêts desservis : Les Sablettes - La Seyne -Toulon. A droite, le personnel pose également pour la postérité au mois de mai 1926 en forêt de Janas devant un autocar découvrable avec toiture en toile. M. Marino, fondateur de la société se trouve à l'extrême gauche du cliché ( Il arbore moustaches et casquette)

MM. Marino et Baschieri, propriétaires de camionnettes, se lancèrent dans les transports collectifs de touristes qui découvraient pour la première fois les sites admirables de notre département, de banqueteurs attirés par les bouillabaisses de Carqueiranne ou les civets de lièvres de Saint-Maximin, de chercheurs de champignons passionnés qui arpentaient la forêt du Don en tous sens. Puis ils décidèrent d'affréter un car assurant la liaison Toulon-La Seyne et retour. C'était une première expérience à l'aveuglette, sans contrôle, aucune réglementation n'existant. Les horaires mêmes restaient vagues et le véhicule prenait la route quand le nombre de voyageurs paraissait suffisant pour faire les frais. En 1932 apparaissent M. Foglino, organisateur d'une ligne La Seyne-Tamaris, et M. Remo organisateur d'une ligne La Seyne-La Valette. Puis les mêmes réaliseront un aller-retour l'un avec un car bleu, l'autre avec un car jaune chacun travaillant pour soi. Mais l'idée d'une association allait faire son chemin au grand dam de la société des tramways et des bateaux à vapeur (Toulon-La Seyne ainsi que les steam-boats de Tamaris.)

Naissance d'une Étoile :

Autobus Delahaye Etoile 1932

Avant la fin de l'année 1932 se forma le groupement des Autobus Étoile auquel participèrent tous les transporteurs. MM. Giraud et Foglino (carrossier place des Esplageolles) firent l'acquisition de deux cars (orange et noir). Le billet unique de couleur blanche fut mis en usage.

Toutes ces expériences se révélèrent positives, les cars étant plus rapides et plus maniables que les tramways. Nous sommes alors en 1932 et la création de la coordination nationale des transports routiers ne se fera qu'en 1934. À partir de là, l'exploitation sera officialisée pour les transporteurs et chaque membre de la société pourra y déléguer ses droits.

Photos coll. Gabriel Bonnafoux : Ci-dessus un autobus Delahaye de 1932 qui a pris la nouvelle livrée de la Compagnie: gris argenté avec des filets bleus: l'emblème de la compagnie : une étoile apparaît désormais sur la carrosserie encadrée de l'inscription en demi-cercle : Autobus Étoile.

En 1932, les autobus Étoile ont leur siège avenue Gambetta à la Seyne : les lignes desservies sont :

Toulon -La Seyne; Toulon -les Sablettes; Toulon - St-Mandrier; Toulon - Tamaris - les Sablettes; Toulon - Fabregas; Toulon -le  -Mourillon

En 1934 va se créer la Société Anonyme des Autobus Étoile avec l'autorisation de faire 300 navettes par jour entre Toulon et La Seyne. À cette cadence, il est bien évident que la société des tramways supporta difficilement la concurrence. Pour y faire face, elle affréta des cars elle aussi, gros véhicules de couleur grise. Ordre fut donné aux chauffeurs d'organiser la course aux clients. Certains roulaient nuit et jour. D'autres cherchaient à doubler les Étoile et rafler les clients aux stations ordinaires. Cette guerre à outrance ne régla rien.

Une Étoile qui monte :

L'autobus N° 14 des cars Etoile

En 1936, les tramways en provenance de Toulon s'arrêtèrent à la Pyrotechnie. De là, jusqu'à La Seyne et aux Sablettes, les autobus eurent le champ libre. Suite à une grève des trams de plus de 2 mois, la municipalité seynoise par son maire, le Docteur Mazen ddécida de rompre le contrat d'exploitation avec les tramways.

Jusqu'en 1939, la société des Autobus Étoile fonctionnera avec succès, 40 véhicules assurant la liaison Toulon-La Seyne, tandis que la compagnie des bateaux à vapeur, éprouvant de sérieuses difficultés, cessera de fonctionner en 1938.

Photo coll. Gabriel Bonnafoux : Ci-dessus, l'autobus N°14 en 1938, l'un des 2 Latil carrossés par Ravistre et Martel à Annonay, le second numéroté 27, étant celui de la photo de droite parue dans Charge Utile N° 98 de février  2001. Il affiche sur le flanc, les destinations : Toulon- La Seyne-Les Sablettes.

Les Automobiles Latil à Suresnes font carrosser chez Ravistre & Martel "deux autobus de ville" sur châssis H4 B4 L pour le compte de la Cie des Autobus Etoile à Toulon.

Autobus Etoile Latil H4 B4 L 1938

Leur livraison intervient en avril et mai 1938. - Ces véhicules de 24 places assises et plate-forme aménagée pour des passagers debout derrière le conducteur, face à l'entrée, sont caractérisés par un pavillon surélevé procurant une hauteur intérieure de 1,85 m, une girouette au-dessus du pare-brise et une porte "portefeuille" ( pliante donc) à l'avant droit commandée mécaniquement par le conducteur au moyen d'une tringlerie.

La guerre des Étoiles :

Avec la guerre de 1939-1945, les transports collectifs devinrent presque inexistants. Le gazole n'arriva plus. Les Allemands mirent la France au pillage. Le tramway fut rétabli entre La Seyne et Toulon, mais il n'était plus possible de se rendre aux Sablettes par ce moyen, les rails ayant été enlevés par la compagnie. Pendant l'occupation ennemie, il faut noter seulement le fonctionnement de trois autocars à gazogène qui se garaient chez M. Fenoglio. Les tentatives de rétablissement des bateaux à vapeur ne furent que de courte durée.

La Seyne se retrouva à la Libération considérablement diminuée avec la disparition des tramways et des bateaux à vapeur. Seuls les Cars Étoile furent rétablis et assuraient des services réguliers. Mais quelle cohue digne de celle vue régulièrement pour monter dans les tramways.

L'après-guerre :

Le siège des Etoile à Toulon vers 1958

Coll. Roland Le Corff : Ci-dessus 2 cartes postales presques identiques et pourtant de marques différentes : le terminus des autobus Étoile à Toulon boulevard Georges Clémenceau tout près du Champ de Mars. Il s'agit à gauche d'une carte postale des éditions Glatigny ( écrite le 11 septembre 1954) On peut y voir un autocar Chausson "Nez de Cochon" du type  APH 47, on  aperçoit derrière lui, un petit  autocar Renault 215 D ( pour avoir les caractéristiques des Chausson nez de cochon  et Renault 215 D, voir les pages qui leur sont  consacrées)  Remarquer au sol les rails du tramway et dans le ciel, les fils du trolleybus tout nouvellement installé.

Détaillons la livrée de l'époque : caisse bleue foncée et toiture argent; une étoile jaune d'or figure de part et d'autre de la calandre avec le N° de parc du véhicule. -Remarquer à droite de la photo, le grand totem de la station service OZO située près du Champ de Mars; elle existe encore de nos jours sous la marque Total mais le totem a été démoli depuis bien longtemps.

Ci-dessus, à droite, c'est quasiment la même vue légèrement décalée sur le côté gauche (éditions Cap Real-Photo) elle semble prise quasiment le même jour tant les détails sont semblables.

A gauche du siège des Autobus Étoile, il y'avait également à cette époque, une station ESSO avec une superbe pompe comme on peut voir sur ce détail agrandi de la carte postale. A gauche, une 4 CV Renault, voiture emblématique s'il en est de ce début des années 50 et au fond à droite, on aperçoit la calandre d'une belle limousine Hotchkiss.

Pompe ESSO

Chausson nez de cochon type AP et Renault 215 D

Coll. Roland Le Corff : Ci-dessus un agrandissement des 2 cartes postale montrées plus haut: Nous pouvons ainsi mieux détailler le Chausson APH 47 ( dit nez de cochon) portant le N° de parc 14 et juste derrière le petit autocar Renault 215 D numéroté 30. Tous deux arborent la nouvelle livrée des "Étoile" caisse bleue et toiture argent. Remarquer le logo de la compagnie ( une étoile Jaune bien sûr) de part et d'autre de la calandre juste au-dessus du N° de parc.A gauche, bien d'époque également, une traction avant Citroën 11 CV avec malle arrière et au sol les rails du tramway.

Photo de droite totalement identique: hormis le camion plateau Renault de 5 / 7 tonnes apparemment chargé de rondins de bois; il s'agit d'un type R 4140 à cabine avancée sorti en 1949 qui reçut le surnom peu flatteur  de "Fainéant" eu égard à son moteur couché et non à ses performances plutôt honorables.

En 1946, M. Foglino fils, administrateur depuis l'année précédente accepta, la présidence de la société tandis que M. Colin devenait directeur pour quelques années seulement. Il fut contraint à l'abandon de son poste pour raison de santé. M. Foglino assura alors la succession. Nous étions en 1967.

Une Étoile s'éteint :

La société des Cars Étoile depuis la Libération assura seulement les transports collectifs entre Toulon, La Seyne, Les Sablettes et Saint-Mandrier. Les difficultés de rentabilité allaient s'affirmer pour elle aussi. Ses activités furent étendues à d'autres secteurs. Des cars affrétés pour des circuits touristiques permirent aux seynois de découvrir les plus beaux sites de notre département et de la Provence. La société commença à assurer des transports scolaires et le déplacement des enfants vers les centres de vacances.

La réorganisation des transports se posait de plus en plus aux administrateurs locaux et départementaux sollicités pour une aide financière efficace. Les années passaient. L'accroissement des charges devenait tel que les actionnaires ne retiraient plus aucun avantage ; la société vivotait avec peine.

Devant les difficultés éprouvées par la société des Cars Étoile il fallait bien assurer un développement à la fois qualificatif et quantitatif des transports.C'est alors que se constitua le 24 novembre 1978 le S.I.T.C.A.T. (Syndicat Intercommunal des Transports en Commun de l'Aire Toulonnaise) La ville de La Seyne fut à l'origine de cette création avec cinq autres communes . M. Foglino nommé liquidateur de la société des Cars Étoile, tout le matériel et les droits furent vendus au syndicat.

Avec la disparition des Étoiles (comme on disait couramment) une page importante de notre histoire locale était tournée. Il faut souligner qu'ils rendirent à la population des services considérables. Si pendant les hostilités de 1939-1945, la société des Cars Étoile ne fonctionna qu'au ralenti et par des moyens de fortune, elle fut à même, la paix revenue, de reprendre ses services avec une grande régularité. Au total, elle a satisfait les besoins des populations de l'agglomération toulonnaise pendant près d'un demi-siècle.

La loi de l'évolution lui a posé, comme ce fut le cas des transports collectifs précédents, des difficultés insolubles. À partir de 1950, s'affirma la renaissance et le développement considérable de l'automobile.

L'explosion de la voiture individuelle :

Dans les dix années qui suivirent la fin de la guerre, on assista à une véritable flambée dans l'industrie automobile. La prolifération des marques françaises et étrangères et des petits modèles comme la 2 CV  et la 4 CV à la portée d'une majorité de travailleurs explique que le transport individuel allait prendre le pas sur le transport collectif.

On utilisa alors le premier véhicule familial aux sorties du dimanche. On explora d'abord le département puis la région, puis la voiture fut utilisée pour se rendre au travail, mais la proportion des épouses travailleuses croissant sans cesse, on en vint à posséder deux véhicules par famille...La suite, vous la connaissez.

La vie après les Étoile :

après l'adhésion des autobus Étoile au S.I.T.C.A.T. transformé lui-même en réseau Mistral, les lignes suivantes ont été établies :

La ligne Toulon-La Seyne-Les Sablettes a pris le N° 18, son itinéraire est à peu près celui de l'ancienne ligne des tramways, mais le terminus pour Toulon se situe à Noël Blache et pour La Seyne, sur l'isthme des Sablettes face à la baie du Lazaret, juste avant d'arriver à Saint-Elme. Pendant la saison estivale des bateliers assurent la liaison de Toulon (carré du port) à la plage des Sablettes.

La ligne N° 28 relie les Sablettes aux Hauts de St-Mandrier via St-Mandrier; elle dessert St-Elme, Le Pin Rolland, Nouméa, Vert-Bois puis rentre à St-Mandrier via l'avenue du Maréchal Leclerc. Après St-Georges, elle arrive au terminus des Hauts de St-Mandrier.

La ligne N° 8 relie la Seyne centre à la place Noël Blache, elle dessert l'hopital, le collège Henri Wallon, la gare de la Seyne sur Mer, la Pyrotechnie, Pontcarral, Bon Rencontre, place Martin Bidouré, Castigneau, Gabriel Péri, bd de Strasbourg et arrive au terminus place Noël Blache.

La ligne N° 81  dessert exclusivement la région autour de la Seyne entre le Mai et Fabrégas via le lycée Langevin.

La ligne N° 83 dessert L'Europe -Léry -Les Sablettes

La ligne N° 87 dessert Le Brusc -Six-Fours -Le Mont des Oiseaux.

 Les véhicules des autobus Étoile

Je ne dispose malheureusement pas de la liste des véhicules qui ont composé le réseau des autobus Étoile

Van Hool A 120 N°3

 © Photo Philippe Matagne - Ci-contre un Van Hool A 120 portant le N° de parc 3 et qui sera renuméroté 303 lors de la reprise des Etoile par le SITCAT. Il est vu ici place Noël Blache en juillet 1979. Il affiche la direction de Fabrégas sur la ligne N°48 et un panneau Pont du Las derrière le pare-brise.

Il y'avait on l'a vu plus haut, au tout début de l'histoire du réseau un ( ou plusieurs) UNIC, des Delahaye puis dans l'immédiate après-guerre des Chausson AP (dits nez de cochon) et des Renault 215 D, leur carrosserie était peinte en 2 couleurs bleu pour la caisse et argent pour la toiture, plus tard dans les années 60, il me semble me souvenir qu'ils étaient entièrement bleus.

De mémoire, il y'eut probablement des Renault type R 4190, R 4191, des Saviem ZR 20 N, des Saviem SC 1 et SC 2.

Plus tard à partir du début des années 70, il y'eut des Saviem S 53 M et tout à la fin, entre 1978 et 1980 5 autobus Van Hool A 120 N° 3, 5, 15, 22 et 24 qui furent récupérés par le SITCAT ( photo ci-dessus)

Sources : "1880  -1980: Un siècle de transports en commun dans l'agglomération toulonnaise" par Gabriel Bonnafoux et Albert Clavel - Photos collections : Gabriel Bonnafoux -Roland Le Corff - Charge Utile Magazine -Philippe Matagne -Site Internet consacré à la vie et l'oeuvre de M. Marius Autran : http://www.site-marius-autran.com/  Webmaster : Jean-Claude Autran - Site Internet de Charge Utile Magazine Nicolas Tellier. Réseau Mistral http://www.reseaumistral.com/index.asp

Page créée le 17/03/2005  © Roland Le Corff -Version du 15/05/2005