HISTOIRE DE LA FRUITIÈRE ( Jura )

1_c.gif  La Fruitière est un minuscule hameau de quelques maisons, dépendant de la commune de Menétrux-en-Joux, petit village du canton de Clairvaux-les-Lacs dans le département du Jura. La fruitière sous la neigeLes détails historiques suivants proviennent en majorité d'un opuscule que j'ai trouvé par chance à la mairie de Menétrux-en-Joux dans les années 1975, et traitant des innombrables démêlés et procédures de la famille Lamy avec certains représentants des Eaux-et-Forêts de l'époque et surtout avec la commune elle-même. Ce petit livre à la couverture bleue, a été rédigé probablement pour étayer un dossier juridique, peut-être par l'avocat de la famille Lamy,

Ce conflit entre la mairie de Menétrux et la famille Lamy se traduisit par une succession ininterrompue de procédures et de chicanes qui auraient à ce qu'on racontait, duré près de cent ans, et se seraient terminées en défaveur de la famille Lamy.

Avant-propos : Ce texte est la retranscription des notes prises à partir de l'opuscule trouvé à la mairie. Les mots en italique sont des indications personnelles qui ont pour but d'étayer ou de clarifier le texte original.

Histoire : La terre de Châtelneuf dont dépend la Fruitière du lac Saulgin ayant fait partie des apanages de la maison de Chalon, se composait des villages de Menétrux-en-Joux, Vaudiou (Le Vaudioux ), Chevrotaine, Safloz ( Saffloz ), Chambly, Franois ( Le Frasnois ), Songeson, Doucier, Pillemoine, Loule ( Loulle ), La Fromagerie, et Châtelneuf.

A propos de la maison de Chalon: Les Chalon sont une branche cadette de la famille des comtes palatins, ils descendaient de Guillaume de Bourgogne. L'un d'eux: Jean de Chalon, qu'on devait surnommer beaucoup plus tard Jean l'Antique, fut un politique extrêmement habile préférant employer l'argent plutôt que les armes, il devait donner à sa famille la première place en Comté. Il mourut en 1267 et ses immenses domaines furent partagés entre ses nombreux enfants, mais ce fut un de ses plus jeunes fils également prénommé Jean, qui recueillit la plus grande partie de l'héritage paternel. Jean de Chalon-Arlay réunit à son tour un vaste domaine sur une grande partie de la Franche-Comté, élève de nombreuses églises, est à l'origine des chartes d'affranchissement de nombreuses villes. En 1366 le Comté de Bourgogne prend le nom de Franche-Comté.

      Jusqu'au milieu du 18ème siècle, les habitants de ces 12 villages ont joui ensemble et par indivis, des bois communaux abandonnés par les seigneurs à l'usage de leurs sujets. La terre de Châtelneuf, couverte de broussailles était autrefois peu importante, la culture y' étant retardée de plus d'un siècle. Quoique composée de 12 villages, sa population formait à peine le nombre d'habitants d'une commune ordinaire. Voilà pourquoi les seigneurs de Châtelneuf, qui comme de tous les fiefs d'apanage, étaient propriétaires exclusifs du territoire, prirent le parti d'attirer par des acensements plusieurs familles étrangères auxquelles ils donnèrent à défricher les broussailles situées entre les côtes de rochers, et qui semblaient destinées par la nature à former des domaines à part.la fruitière vue prise d'ULM                              La Fruitière vue du ciel photo Marie-Thérèse Martinent

Au nombre de ces acensements se trouvent les granges Bataillard, Pannecières, Fianget ( Fioget ?), et la grange dite la Fruitière du Lac Saulgin à cause d'un étang ou d'un marais aujourd'hui désséché, existant dans son enceinte. On voit bien encore de nos jours, que la prairie située sous les roches de la Fruitière, était un marais autrefois, l'eau y stagne encore dans la partie centrale et forme un petit étang temporaire à la suite de pluies importantes du printemps ou de l'hiver. La présence d'une argile jaunâtre (marne) explique cette retenue de l'eau, les joncs, les saules osiers et diverses autres plantes aimant les sols humides, confirment bien la nature marécageuse de cette prairie. Les habitants du hameau ont semble-t-il toujours appelé cette modeste étendue d'eau, " le lac de la Fruitière"et moi-même je l'ai toujours entendu nommer ainsi.         photo ci dessous "Lac de la Fruitière" photo Roland Le Corff

Lac de la Fruitière  Chacune des granges possède les propriétés situées dans son enclave. Une  partie  a été défrichée et cultivée, et le surplus a été laissé en bois et parcours  pour  l'utilité du bétail et les besoins des habitants. On ignore quel est le  propriétaire  primitif qui reçut des mains du seigneur, la fruitière dont il s'agit.  Au 17ème siècle,  cette grange était aux mains de Chrysostome Roux qui l'a  aliénée en 1693 à  Monsieur Roux, curé de Saint-Saturnin ( église près de  Charcier et Lieffnans ); il  obtint l'adjudication devant  le lieutenant-général du  Bailliage de Poligny le 29 janvier 1693.

 A propos de  Chrysostome Roux: On en trouve la trace dans les registres  paroissiaux de  Songeson: Mariage de Chrysostome Roux ( dit Picard) de  Songeson avec  Claudia Hugue, de Marigny le 26 février 1688.

Le 3 mars 1696, il y'eut une  transaction entre les habitants et le nouveau propriétaire, relative à l'exercice du  vain parcours ( vaine pâture) Le droit de vaine pâture est le droit de faire paître des bêtes sur les terres d'autrui quand elles ne portent pas de récolte.

  Les chicanes  : Le curé Roux a revendu en 1728 à Monsieur Carré, conseiller au bailliage de  Lons-le-Saunier. L'héritière de Monsieur Carré l'a acensée en 1772 à la famille Lamy. Le mari de  Mademoiselle Carré était Monsieur Grand, avocat de Lons-le-Saunier.

 Les frères Lamy jouirent pendant quelques années en vertu d'un acte sous seing privé; l'acte authentique d'acensement (l'acte de vente) fut passé à la date du 4 mars 1772. Le 12 novembre 1767 le garde dresse un procès-verbal contre Pierre-Joseph Lamy et son frère communier. Par acte authentique du 17 mai 1776, les quatre frères Lamy et leurs enfants ont procédé au partage d'une partie des propriétés ( acquises en 1772 ) Les 2 cantons de bois dits: la Roche au Boz et à la Côte de la Pommerée, sont distribués dans les 4 lots de partage de la famille Lamy. Après avoir opéré la même division pour les prés et terres labourables, les parties ( auxquelles il convenait de rester en communion pour l'éducation du bétail et la confection des fromages), conviennent que le surplus des bois, pâtures et terrains dépendants dudit domaine, sont restés indivis jusqu'à ce qu'elles jugent à propos d'en faire division entre elles.

En 1752 ( procès-verbal du 24 mai) l'arpenteur Veliey ( arpenteur royal de la Maîtrise), dressa un plan des 12 communes.

-21 mai 1755: "arpentement" de toutes les terres de Châtelneuf. -11 octobre 1758: procès- verbal du Maître particulier des Eaux et Forêts de Poligny, dressé sur plainte du procureur du Roi. -10 janvier 1784: nouveau procès-verbal de visite et de reconnaissance dressé par le garde-marteau et le garde général de la Maîtrise de Poligny.

-9 octobre 1792: les officiers de la Maîtrise sur requête des habitants de Menétrux, viennent marquer une coupe dans les bois dits La Roche au Boz: opposition des frères Lamy, le Maître particulier refuse donc de marquer cette coupe. Par procès-verbal du 29 octobre 1792, il renvoie les parties devant les tribunaux. Le maire de Menétrux allégua qu'en 1769, la commune voulut marquer une coupe dans ce canton; Madame Grand s'y opposa: la Maîtrise interdit la coupe. La commune ayant perdu, les frères Lamy continuèrent leur jouissance.

-Le 8 Brumaire An 2 ( 29 octobre 1793), les officiers municipaux de Menétrux-en-Joux citent les Lamy pour nommer des arbitres à effet de donner à l'une ou l'autre des parties, la propriété de la Côte au Boz ( 15 arpents) -On nomme les arbitres le 14 Brumaire An 2 (4 novembre 1793); certains refusent (3) -Le 5 Ventôse suivant (23 février 1794), on en trouve d'autres.

-14 Frimaire An 3 ( 4 décembre 1794) une enquête est ordonnée par les arbitres; Menétrux fait entendre 11 témoins habitant les communes voisines.

-1798: entre temps, Claude-François Lamy fait bâtir sa maison sur la commune, en parcours et en carrière, dite sous le Toureau et aux Perrières; ( celle qui deviendra vers 1870 la maison de mes arrières-grands-parents : Prosper et Ludivine Gradoz) de même les maisons des héritiers de Dominique Jean-Baptiste Lamy le Jeune. maison des Gradoz 1798

-30 Nivôse An 9 (20 janvier 1801) Menétrux veut faire délimiter les propriétés de la commune, des Lamy et des Richard.

-20 Prairial An 10 (9 juin 1802) assignation introductive d'instance.

-7 mars 1808: assignation qui ordonne une descente sur les lieux; un plan est levé par le géomètre Louet. -

22 août 1817: les cantons adjugés à la commune sont conservés; les Lamy conservent le bois de la Côte au Boz, des Arcettes, la Pommerée, la Côte au Mioux, la Plaine du Pont, sous le Toureau et aux Perrières, le Toureau.

Un demi siècle s'était déjà écoulé depuis le premier procès-verbal.

   Autres dates :

-1824: construction de la chapelle de la Fruitière dédiée à la Vierge Marie, par François-Xavier et Jean-Pierre Richard, Dominique Lamy, Louis et Pierre Joseph Lamy. Cette petite chapelle privée est construite en pierres de calcaire gris, dans le style jésuite: porche soutenu par 2 grosses colonnes de pierre, clocher bulbeux comtois, recouvert de plaques de zinc, toiture de "laves"( pierres plates) Voir la page texte et photos, consacrée à cette chapelle. qui servit occasionnellement de prison à des soldats Allemands en août 1944.

-1831: mise en place d'un calvaire de pierre en face de la chapelle. -1836: construction de la maison de Jean-Pierre Richard ( la dernière ferme au bout du chemin de la Fruitière)

cliquer pour agrandirDe nos jours, cette chapelle privée, est hélas encore en assez mauvais état, la  toiture a cependant été réparée et mise hors d'eau, le crépi intérieur a été  partiellement refait notamment au niveau des encadrements de fenêtres. Le  plafond est encore auréolé de traces vertes, des moisissures dues à l'infiltration;  les fenêtres n'ont plus de vitres depuis longtemps. Le clocher de zinc est troué  comme une passoire victimes des tirs de quelques chasseurs d'antan bien peu respectueux de la Maison de Dieu.  La belle cloche de bronze est toujours là, intacte pour le moment protégée par un coffrage de bois. Ayons une pensée émue et reconnaissante pour les braves gens qui nous ont laissé ce témoignage de leur générosité et de leur piété.

 Il faudrait vraiment la restaurer complètement, elle  en vaut la peine !

 

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créée le  27/01/2002 © Photo Roland Le Corff -version du 07/12/2002