( Certaines images sont cliquables)
Le mobilier comtois : dans quel décor vivaient nos ancêtres comtois ?
La maie, le dressoir, l'horloge, l'armoire, le lit à rouleaux Charles X ou le lit-bateau Louis-Philippe avec sa table de chevet au dessus de marbre, se trouvaient encore nombreux jusqu'après la guerre de 39-45 dans les fermes comtoises. C'était de beaux meubles rustiques en chêne ou en sapin, pas des meubles de grand style certes, mais cela n'a pas empêché d'exciter la convoitise des antiquaires et brocanteurs qui ont leur fait une véritable chasse.
Ils sont devenus le témoignage d'un passé révolu mais de plus en plus prisés des citadins en quête de racines et des étrangers souvent plus sensibles au charme de ces témoignages du passé de notre vieille France. Aujourd'hui, ils se font de plus en plus rares, dès les années 50-60, le Formica a fait une entrée fracassante dans les cuisines, le plaqué, les matières plastiques, le vernis polyuréthane au fini ultra lisse et brillant, la Mélamine, ont progressivement conduit à mettre au rencart les augustes meubles de chêne noircis par les ans et la fumée.
Avertissement ! Le but de cette page, c'est d'essayer de se replonger un instant dans cette vision d'un passé pas si lointain que ça après tout; je ne suis pas un spécialiste des antiquités aussi je ne prétends pas que les meubles présentés ci-dessous soient de pur style comtois; certes non, les meubles de style Louis-Philippe étaient largement représentés dans toute la France. -Y'a t-il seulement un pur, un vrai vrai style Franc-Comtois? Ce n'est peut-être pas évident, un style Bressan, un style Bourguignon existent pour sûr et sont reconnaissables, le style Franc-Comtois quant à lui, est souvent inspiré des précédents.
de la maîtresse de maison,
sa niche centrale et ses placards à liqueur dans la partie supérieure, son buffet
bas à 2 tiroirs et 2 portes. Il se trouve généralement
dans ce qui sert à la fois de salon et de chambre à coucher: le poêle en patois.
Sur ce modèle en chêne massif, datant peut-être de la fin 18ème ou du début du 19ème siècle
Les sortes de boules ou
de pompons de la traverse haute, sont tournées à la main, aucune n'est vraiment identique à l'autre.
Chaque porte du bas est fermée par un chaillet, c'est à dire un loquet très simple en bois, les portes des placards à liqueur sont fermées par un petit loquet en fer , en forme de coeur.
Le meuble est
patiné par les ans, la fumée du feu de bois, des bougies et des lampes à pétrole.
Il a très certainement été fabriqué par le menuisier du village qui pouvait
avoir un vrai talent d'ébéniste.
C'est un meuble vraiment pratique avec ses 2 vastes tiroirs où l'on peut ranger les papiers de la maison, et ses placards qui peuvent accueillir vaisselle, torchons, serviettes, linge et bien d'autres choses..Le dressoir est un meuble à la fois beau dans sa rusticité campagnarde et très pratique.
L'horloge comtoise : elle rythme par son tic-tac régulier, la vie ( et aussi la mort des habitants de la maison) , lorsque quelqu'un mourait dans la maison, on arrêtait immédiatement le balancier en signe de deuil.
L'horloge
représentée ici dans sa caisse de sapin toute droite et toute simple est très
ancienne, son balancier était constitué d'une chaîne de fil de fer (un
peu semblable à la chaîne d'arpenteur) terminée par un poids en plomb, en
forme de poire réglable en longueur grâce à un écrou.
Pour
ralentir le battement, on rallonge la longueur du balancier, si l'horloge retarde,
on raccourcit.On remarque qu'aucune lunette vitrée ne permet de voir la
balancier dans la caisse.
Les très belles caisses à la forme violonée et au magnifique balancier apparent en laiton doré, ne viendront que bien plus tard.
Ce mouvement qui
a déjà 2 aiguilles date d'avant la révolution, le cadran est émaillé ( celui-ci
apparaît dès 1765) Le mouvement est contenu dans une cage de fer, tous les rouages,
toutes les pièces, sont faits à la main.Le fronton fondu d'une seule pièce,
en laiton, est dit au coq, ( symbole de la royauté) cet animal également symbole
de la France, surmonte un écusson frappé de 3 fleurs de lys, de chaque côté
2 oiseaux s'envolant ( on dirait des canards) .
A
la Révolution, la plupart de ces emblèmes rappelant un peu trop la royauté furent
mutilés par les possesseurs de l'horloge : sur celle-ci le coq fut purement
"guillotiné" ( la tête a été reconstituée par mes soins), souvent
on constate que les fleurs de lys ont été limées, ce ne fut heureusement pas
le cas sur celle-ci. Derrière le fronton, se trouve le timbre en bronze sur
lequel frappe un petit marteau de fer qui égrène les heures et les demi-heures;
ce modèle est déjà pourvu d'un système à répétition.On remarque sur ce cadran
émaillé une double numérotation; les 2 trous dans le bas du cadran, permettent
de passer la manivelle pour remonter les poids ( un pour l'heure, un pour la
sonnerie, ils pèsent chacun dans les 3,8 kgs)
Je recommande chaudement pour les amoureux de l'horloge comtoise, le site très passionnant et bien documenté de Laurent Caudine :http://perso.wanadoo.fr/comtoise.caudine dans lequel j'ai puisé une partie de mes informations.Il me paraît faire autorité en la matière.
A
côté il y'a la table de chevet parfois dotée d'un dessus de marbre;
elle sert à poser la bougie, la lampe Pigeon ou la lampe à pétrole ( comme sur
la photo)
Le tiroir est bien pratique pour ranger ses petites affaires et il y'a un placard dans la partie basse.Les 2 meubles représentés ci-contre sont en noyer : noyer blond pour le lit, placage ronce de noyer beaucoup plus rouge et plus foncé pour le chevet.
Remarquer au passage,
le parquet en sapin et les murs blanchis à la chaux. La chambre est soit au
rez-de-chaussée, on l'appelle en patois: "le poêle", soit à l'étage
comme c'est le cas sur l'illustration ci-contre à droite.
Autre forme de lit d'inspiration Louis-Philippe: le lit-bateau ci-contre à droite avec ses 2 têtes fortement galbées. Il peut être en chêne, en merisier, en noyer.
On distingue
2 formes principales : l'une en forme de cercueil ( voir photo) l'autre de
forme arrondie ( demi-sphérique).Elle est en général en chêne et
se trouve dans le "Poêle".La pâte était pétrie puis divisée en boules
destinée à faire des miches; elle étaient mise à lever dans des petits paniers
en osier appelées vanottes, recouvertes d'un linge. Le pain était cuit dans
le four chauffé avec des fagots de bois, dont la porte s'ouvre directement dans
la cuisine sous le manteau de l'immense cheminée.En général, on faisait le pain
chaque semaine.Bien cuit, il se conservait bien et ne rassissait pas trop rapidement.
La table
:
située
dans la cuisine ( l'houtau)
, ronde, souvent avec des rallonges, ou rectangulaire, c'est le meuble convivial
par excellence, celui qui rassemble la famille et parfois les amis autour d'un
repas, d'une soupe fumante, d'un bonne bouteille de vin ou d'un café. La
lampe à pétrole sur la table ou la suspension , éclairent chichement la nappe
à carreaux Vichy ou la toile cirée.Sous la table, on peut voir le sol, pavé
de grandes dalles de pierres plates appelées laves ou cadettes en patois.
L'armoire : Là aussi, on trouve fréquemment des hautes armoires à 2 portes d'inspiration Louis-Philippe avec corniche en doucine, le bois peut être du chêne, du noyer, du merisier. L'armoire se trouve dans la chambre, elle est souvent noircie par la fumée dégagée par le fourneau ou le poêle qui "fumaille" parfois généreusement au moment du chargement du bois.
Ces
vieilles maisons de pierre aux murs épais sont mal isolées et même, disons-le
même pas du tout. -Simple vitrage, entrées d'air un peu partout, elles
ont tendance à être fraîches ou froides; même en plein été, une bonne flambée
le soir est souvent indispensable. Le mur de pierres conserve le froid et l'humidité
surtout quand la pièce est exposée au plein nord.
Sous la chambre du bas, il y'a une cave creusée dans le roc vif, on y descend directement par un escalier s'ouvrant sous une trappe du plancher. La cave est éclairée naturellement par un soupirail appelé larmier.
Toutes les photos : Roland Le Corff sauf l'horloge du 19ème siècle éditions Massin : mobilier régional, Bresse-Franche-Comté
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