BIOGRAPHIE DE CLAUDE PROST DIT LACUZON (1607-1681)

1607 -2007 Lacuzon : 400ème anniversaire

                                                                                                     

 Naissance : Claude Prost, le futur capitaine Lacuson ( ou Lacuzon) est né à Longchaumois (Jura) aux environs de 1607 , il paraît impossible de fixer sa date de naissance avec précision car les registres des baptêmes et enterrements de Longchaumois n'ont été conservés qu'à partir de l'année 1668. vue sur Longchaumois Écoutons ce qu'en dit  Désiré Monnier :

"Sa maison natale se serait située d'après la tradition populaire entre la masure du Pra, le hameau d'Orsières ( le village des sorcières ! Le nom viendrait en fait plutôt du mot ours ) et le village de Longchaumois, dans le champ sous le Daim près d'un petit bois situé entre le hameau des Combes et le moulin de Dardey où plusieurs torrents réunis viennent faire une chute remarquable ( La Pissevieille et la Gire ). Sous une roche tailléee à pic-on voit 2 maisons solitaires dans l'une desquelles serait né Claude Prost." (Désiré Monnier a enquêté sur place à peine 150 ans après la mort de Lacuson et a dit qu'il ne restait déjà rien de visible de la maison originelle) voir les cartes de la région de Longchaumois

Son père se nommait Pierre Prost et  sa mère Clauda Jacquemin. Ses parents étaient sans doute cultivateurs mais on en a aucune preuve

.Désiré Monnier le prétend que "Claude Prost, sieur de Lacuson, était fils de noble Pierre Prost, bourgeois de St-Claude" mais sans preuve tangible.

Le sobriquet de Lacuson lui venait d'une expression en patois : la cuson signifie le souci, la sollicitude. On trouve écrit Lacuison et Lacuson: ce surnom lui venait, dit-on de l'air taciturne, mélancolique qu'il avait dès sa jeunesse. A Longchaumois, on disait autrefois : "t'es la cuison" pour "tu es triste"

Quel métier Claude Prost exerçait-il ? Là encore que des suppositions sans preuves, certains le disent négociant à St-Claude, il avait  du bien car il avait hérité à la mort de sa mère Clauda Jacquemin de la somme de trois-cents francs.

Mariage

Claude Prost se marie le 31 octobre 1632 avec Jeanne Blanc, fille de Denis Blanc et de Clauda Fanchier. ; le contrat de mariage fut signé en la maison de Pierre Perennet, notaire .

Denis Blanc et son fils Claude avaient été reçus bourgeois de la ville le 3 avril 1603.

A son tour, le 27 juin 1633, Claude Prost obtenait ses lettres de bourgeoisie.

La guerre survint en 1636, au mois de mai, Claude Prost quitta sa femme enceinte pour courir à la frontière menacée. En juin, Jeanne Blanc son épouse donna naissance à deux jumeaux  baptisés Pierre et François à L'église de St-Romain. Ces jumeaux moururent en bas âge car leurs actes de baptêmes sont les seuls documents où ils soient cités.

Enfants légitimes

Lacuson n'aura plus d'autres enfants légitimes que 2 filles: Anne-Marie et Jeanne-Claude.

L'aînée, Anne-Marie Prost épousa le 27 août 1649  à l'âge de 17 ans noble capitaine Claude François Balland, capitaine au service de Sa Majesté Catholique (Le Roi d'Espagne) et qui était le principal lieutenant de Lacuson.Il était né à Dôle en 1622 de noble Claude François Balland, docteur ès-droit et de Huguette Boitouzet.

Il avait un frère aîné Gaspard Balland qui avait épousé une fille du Président du parlement de Dôle: Jean Boyvin.

Claude Balland et Anne-Marie eurent cinq fils et deux filles, sa descendance a persisté jusqu'au 20ème siècle - Robert Fonville auteur de l'ouvrage sur la vie de Lacuson en fait partie.

Un des petits-fils de Lacuson était noble Claude Balland ( le 3ème à porter ce prénom ), conseiller-auditeur à la Chambre des Comptes de Dôle; sa descendance n'est point éteinte. Au milieu du siècle dernier( le 19ème siècle pour R. Fonville) , un Balland de Lavigny avait 2 filles; l'une épousa M. Gauthier, consul à Galvestone; elle périt en mer avec son mari lors du naufrage de la Bourgogne. L'autre , Mlle Clémence Isaure Bonaventure Balland, épousa M. Fonville, qui fut successivement secrétaire particulier de Lamartine, secrétaire en chef de la rédaction du Constitutionnel et membre du cabinet du Maréchal de Mac Mahon, Président de la République. L'auteur Robert Fonville est leur petit-fils.

La cadette, Jeanne Claude Prost, épousa noble Pierre de Mongenet, dit de Santans, écuyer, elle mourut sans descendance.

Enfants illégitimes

voici ce que  l'on pouvait lire sur l'ancien site Internet des familles Lambert et Gaubey ( aujourd'hui le site an'est plus en ligne)

" La famille Gaubey est originaire de Saint Laurent la Roche, village à quelques kilomètres au sud de Lons le Saunier, au début du Revermont, au bord du premier plateau jurassien. Ce village a été jusqu'au rattachement de la Comté à la France une place forte de la première importance stratégique, car dominant la plaine de Bresse et contrôlant l'une des routes du nord de l'Europe vers Lyon et la Méditerranée. Comme toutes les places fortes de Franche Comté (à de très rares exceptions près), elle fut démantelée par Louis XIV en 1678. ( voir la carte)

L'un des commandants les plus connus, localement du moins, de cette place était Claude Prost, dit Lacuson, héros de l'indépendance comtoise face à la France. Il fut vraisemblablement anobli par le roi d'Espagne vers la fin de sa vie, pendant son exil à Milan. Le surnom de Lacuson fut alors inclus à son nom. Sa gouvernante au château de Saint Laurent la Roche était Denise Gaubey, fille de Christophe Gaubey et de Marguerite ? (son patronyme n'est pas mentionné dans les actes retrouvés). Denise Gaubey avait un frère Jean, né vers 1635, dont nous sommes descendants directs. Elle eut de Lacuson un fils illégitime, François Prost, baptisé le 22 mars 1675 dans l'église Saint Désiré de Lons le Saunier."    ...Vers 1750, notre branche de la famille quitte Saint Laurent la Roche pour s'installer à Grusse, village voisin…. "

Robert Fonville cite également cet événement mais avec une orthographe différente : Gobé au lieu de Gaubey.

Lacuson, un peu trop porté sur le sexe ?

Il est notoire que Lacuson était un paillard qui avait un goût immodéré pour les femmes, il paraît cependant qu'il y mettait certaines formes : "Commère, n'y a-t-il pas moyen ?" On raconte que même s'il avait été persusasif d'une manière un peu trop brutale, il ne manquait pas de renvoyer sa victime le matin "après l'avoir fait déjeuner" -Evidemment de nos jours, ce type de comportement, on le qualifierait de harcèlement sexuel et même de viol ou tentative de viol selon les circonstances et le degré de consentement de la victime. Ses amours étaient nombreuses et ardentes : Désiré Monnier affirme: "La tradition toujours vivace des faits ... nous le représente comme un homme si redouté des femmes, qu'elles ne sortaient plus dans la campagne sans se pourvoir d'une sonnette, afin d'appeler le secours en cas d'attaque"

On sait que Lacuson ( Claude Prost ) avait une cousine germaine nommée Marguerite Prost mariée avec un nommé Pierre Clément dit Bon-Enfant qui elle, semble-t-il n'avait pas besoin de sonnette. ( Lacuson fut accusé d'avoir eu des relations charnelles avec elle à partir de 1644, lors de son procès en 1659 !) de même il aurait également "fait la courtoisie selon l'expression de l'époque " à son autre cousine Claudine Prost.

Lacuson fut également accusé d'avoir fait un enfant à sa servante Clauda Perret épouse d'un nommé Claude Perret mais rien n'est prouvé.

  En résumé, Lacuson avait le sang chaud, il était un vrai paillard particulièrement porté sur le sexe   il est fort probable qu'il a semé tout au long de sa vie d'adulte, une ribambelle d'enfants illégitimes et non reconnus.  Le harcèlement sexuel et même le viol lui sont fréquemment reprochés dans divers documents du procès et tout cela lui cause un tort considérable encore de nos jours et explique grandement le fait qu'il soit ou ignoré  ou méprisé ( voir de nos jours le peu de rues ou de places qui portent son nom en Franche-Comté- Nul n'est prophète même dans son son pays natal , Longchaumois où le maire le qualifie de soudard ; voir article à ce sujet  !Statue de Lacuzon photo Serge Réalini : statue de Lacuzon par le scupteur Max Claudet, exposée au musée de Salins-les-Bains, illustrant l'article en question.

Pas commode, le gars !

Vers août 1638, Lacuson fit une incursion en France avec 700 ou 800 hommes et après s'être battu vaillament, ramena quantité de prisonniers français, de bétail et de butin. Lacuson reçut en récompense 5 pistoles, un  patagon et 10 francs. Cet argent avait été confié à Jean Millet, de St-Amour qui au lieu de les remettre au capitaine, les avait conservés. Fatale erreur ! Lacuson fut forcé de courir après son argent jusqu'à St-Claude, il retrouva Millet et le somma de lui rendre son argent, à cela Jean Millet répondit par des paroles de mépris et tira son épée en plein milieu de la rue du Marché.  Lacuson riposta et lui porta "un coup d'estocade à quatre doigts plus haut que le tétin droit, au moyen duquel coup il a terminé vie par mort"

En décembre 1642, Lacuson et son lieutenant Andressot, attaquèrent un convoi gardé par une trentaine de soldats du côté de Bletterans. Ils les mirent en déroute et s'emparèrent des charriots chargés de munitions.On sonna l'alarme alors qu'ils étaient en train de partager le butin, un parti ennemi était signalé, Lacuson se précipita et ne retrouva plus son cheval: son tambour, Claude Masson s'en était allé avec. Le capitaine ne plaisantait pas, surtout au moment du combat : il rattrapa Claude Masson et lui donna un coup d'épée sous le bras droit dont le pauvre tambour mourut. Lacuson le regretta beaucoup.

Le 10 juin 1644, suite à une incursion des français dans son territoire, Lacuson prit un coup de colère en constatant qu'on lui avait enlevé des hommes et des femmes, des boeufs, des porcs, des chèvres...Il écrivit au prieur de Bréry, grand chambrier de l'abbaye de Baume les moines ( Baume les Messieurs): "S'ils ne me renvoient pas mes quatre boeufs, j'en irai quérir en France avec l'épée et le flambeau..."La phrase est magnifique et le guerrier y est tout entier. - Cette lettre est très significative et éclaire admirablement le caractère du capitaine. Son premier mouvement est de foncer, mais ce qui est une qualité face à l'ennemi, est un grave défaut devant ses compatriotes. Il écrivit une autre fois à M. de Croison : il pria le négociateur de " me vouloir faire rendre sa charrue, autrement j'en trouverai bien d'autres !" La menace était directe.

Une autre fois, aux Bouchoux, pour défendre ses soldats attaqués, il avait porté une estocade à Pierre d'Aloy qui en mourut deux jours plus tard. A Boursia, Lacuson avait cassé la tête de deux paysans à coups de pistolet car c'était des "espies ( espions) au service de la garnison française.-Enfin à Courlaoux, un paysan était aller dénoncer à la garnison une embuscade tendue par Lacuson. On l'avait même entendu renseigner la sentinelle française; dès son retour, Lacuson lui avait tiré un coup de pistolet mortel. " Mort aux espions" était déjà semble-t-il, la devise de l'époque.

Tous ces faits qui lui étaient reprochés furent exposés lors de son procès qui eut lieu en mars 1659.

Lacuson, bon chrétien malgré tout !

Comme le montre cette lettre dictée en 1641 à son secrétaire Lajeunesse, à l'adresse du prieur des Chartreux de l'abbaye de Bonlieu, Lacuson se comportait respectueusement vis-à-vis des gens d'église; il avait d'ailleurs son propre prêtre chapelain, messire Philippe Coste. "Mon très révérend père, je vous remercie du souvenir qu'avez de votre serviteur. Je tâcherai de servir votre révérence en l'occasion, selon l'étendue de mon petit pouvoir, et à cet effet je mettrai ordre à ce que mes soldats ne vous fâchent, ni ceux qui vous appartiendront, soit en conduisant des charriots ou en autre façon; aussi je m'assure que jusqu'à présent ils ne l'ont fait. Ils honorent trop les personnes ecclésiastiques, puisque je leur commande de la sorte. J'ai donné une asurance à votre frère pour ce sujet, par laquelle je défends à tous mes gens et autres sur qui j'ai quelque pouvoir, de ne vous fâcher" Chartreuse de Bonlieu au 18ème siècle

Il fit remettre aux religieux un document scellé d'un petit sceau en cire noire représentant un écu timbré d'un casque, ainsi rédigé : (voir reproduction de cette lettre aimablement fournie par Jean-François Gandy d'après un original conservé aux archives de Lons) ci-contre vue cavalière du 18ème siècle: l'abbaye de Bonlieu, elle fut fondée en 1170 par Thibert de Montmorot au bord du lac de Bonlieu.-Carte postale M. Duhuy à Fontaine-les-Dijon.

"Le capitaine de la Cuzon, gouverneur pour le roi au bourg et château de Montaigu, défend à tout soldat dudit Montaigu de toucher aux personnes et biens, chevaux, charriots ou autres choses dépendants des révérends religieux de Bon-Lieu, à peine d'en être châtiés selon l'exigence du cas; et en outre prie toute autre personne de guerre de ne les maltraiter à la pareille.    Fait audit Montaigu, le 5è octobre 1641

Le capitaine de La Cuzon"

Lacuson était probablement affilié à la confrérie des pénitents de Notre-Dame du Confalon qui possédait une chapelle à St-Claude, celle-ci avait été dévastée par l'incendie de 1639;  il fit un don de 500 francs vers 1644 à la confrérie pour édifier un autel "à l'honneur de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, Notre-Dame Libératrice" Il versa 100 écus à l'église St-Romain pour faire célébrer une messe perpétuelle pour sa femme et lui et abandonna le bénéfice d'une rente annuelle de 70 francs.

Lacuson généreux

"Lacuson ne ménageait ni ses peines ni son argent pour le service de sa Patrie."

"On vit le farouche guerrier aider pécuniairement des paysans. Aux habitants de Courbouzon, il prêta 20 pistoles d'or à son arrivée à Montaigu en 1640 pour payer la rançon de 3 habitants détenus au château de Bletterans. Il avait prêté sans intérêts 500 francs aux capucins, levé une compagnie d'infanterie à ses frais et fait réparer le château de Montaigu.

En exil à Milan, il légua 100 francs pour l'église paroissiale de Montaigu, 100 francs pour celle de Longchaumois et celle de St-Barthélémy de Lognat.

Lacuson honnête

Vers la fin de l'année 1641, Lacuson fit prisonnier Courtison, frère du sieur de Boulay, gouverneur de Courlaoux. Courtison offrit de payer 300 pistoles pour sa rançon ce qui était une somme importante; Lacuson aurait pu fort bien garder tout cet argent pour lui, il n'en fit rien. Il l'envoya à Mrs les Commis du gouvernement qui firent de Courtison un prisonnier d'État. "Ceux qui ont accusé Lacuson de rapacité ont oublié de citer ce détail".

Lacuson courageux

Lacuson a tout au long de ces années de guerre prouvé son courage, il suffit de lire la page que j'ai consacrée à ses combats et qui ne recèle qu'une bien faible liste de ses exploits; il attaquait à la tête de ses hommes,  alors qu'il était souvent en minorité numérique, misant sur la surprise et la panique qu'il provoquait en fondant sur ses ennemis; sa réputation de combattant impitoyable ne faisait qu'accentuer la peur qu'il inspirait aux soldats des forces adverses: Bressans, Suédois ou Français. Lacuson misait sur la surprise, il utilisait intelligemment l'art du renseignement  obtenu par ses "espies" (espions) et il savait corrompre également des soldats ennemis. Il était courageux mais pas téméraire et savait éviter des combats qu'il jugeait trop hasardeux, soucieux d'économiser sa vie et celle de ses hommes.

Même les adversires français admiraient son courage, voici ce qu'ils écrivaient à son sujet : "Les combats du sieur Lacuson étaient si généreux que si dans la Comté de Bourgogne se rencontraient cent hommes de sa valeur, ils étaient capables de rompre une armée, tant il leur donnait de peine et de fatigue".

Exil et mort de Lacuson

Selon J.B.Munier cité dans le site de Jean-Michel Guyon "la Franche et libre terre de Bourgogne perdit le beau nom qui avait fait sa fierté et sa gloire, car ce mot Franche-Comté n'était plus qu'un non-sens du moment qu'elle devenait une province française".

1674, Lacuson avait 67 ans, toute sa vie avait été passée au service de sa patrie qui était la Comté espagnole. De toutes ses forces, avec toute l'obstination de sa race, il avait lutté contre l'ennemi qui avait été la France. Les traîtres de 1668 allaient revenir, assoiffés de vengeance. Que deviendrait le Lacuson, le vieux chef du maquis? Il se décida à tout abandonner : sa famille, ses biens  y compris sa fidèle et accorte servante: Denise Gobé qui lui avait donné un fils.( voir ci-dessus)

La légende devait s'emparer de Lacuson, des histoires sur ses exploits, sa bravoure et sur sa mort se bâtirent et se transmirent de siècle en siècle par la tradition orale.

De nombreuses grottes portent encore son nom aujourd'hui parce qu'il y'aurait prétendument séjourné, voir le chapitre sur les grottes et consulter l'excellent site du Jura Spéléo Club créé par  le regretté Jean-Claude Frachon.

Lacuson est mort en exil en Italie, à Milan le 21 décembre 1681, entouré de ses camarades d'exil. On ne sait pas où il fut enterré.

Quelques opinions sur le capitaine Lacuson ( dont mon opinion personnelle) :

"Lacuson le plus célèbre héros de la résistance jurassienne;  il reste pour les Jurassiens une référence, symbole de l'esprit d'indépendance, voire de révolte." ( Le Guide du Jura). Je ne peux que partager ce sentiment lorsque l'on a pris comme moi, la peine de lire la vie et les exploits de Lacuson; son courage, son patriotisme, son attachement à la couronne d'Espagne sont absolument indiscutables; il a refusé toutes les trahisons, toutes les compromissions avec l'ennemi Français d'alors qui a tenté d'acheter sa soumission.- Il a préféré l'exil à l'humiliation et l'on peut imaginer ce que cela a pu coûter au vieux soldat de quitter définitivement sa chère Comté.

Voici que m'écrivait Joël Van der Elst ( auteur d'un livre édité en octobre 2002 chez Cabédita, "L'héritage de Lacuzon" ) "Après avoir parcouru votre site consacré à Lacuzon, je voudrais vous féliciter pour la clarté de vos propos et l'objectivité de vos opinions sur ce héros si controversé dont la principale faute fut ... d'avoir perdu ! Si les forces Comtoises (espagnoles ?) avaient été les plus fortes, il serait sans doute honoré de nos jours sans contestation.
Je n'avais pas connaissance de votre site avant d'écrire mon livre : "L'héritage de Lacuzon" qui vient d'être édité chez Cabédita
, mais ce que je viens d'y lire correspond bien à mon approche personnelle de l'homme. Cet ouvrage est un roman, mais les faits historiques ont été respectés. Encore bravo.

Oui pour moi, Lacuson est un vrai, un pur héros et pas un soudard comme on le lit trop souvent; ce n'était certes pas un enfant de coeur, il a bataillé dur, il a été sans pitié pour des ennemis qui n'en avaient guère non plus pour les malheureux cuanais qui tombaient entre leurs mains. Il n'a pas hésité non plus à trucider parmi ses propres compatriotes, ceux qui se mettaient en travers de sa route ou avaient trahi sa confiance.

Les Saxe-Weimar, les Longueville, les Guébriant ne pouvaient qu'attirer la haine la plus féroce devant tant d'exactions vis-à-vis des populations comtoises. Il en est de même des Gris du Bugey et de leurs hordes sanguinaires menées par Lespinassou et Brunet. Leur sauvagerie ne pouvait qu'attiser la vengeance.

Lacuson était le prototype du résistant, de l'homme libre quoiqu'il en coûte ! S'il avait vécu en 1940-1944, il aurait été sans nul doute le premier à rejoindre le maquis aux côtés des résistants comtois en lutte contre l'occupant Allemand.

Ce qui jette le discrédit, ce sont ces affaires de moeurs évoquées notamment au cours du fameux procès de 1659, on l'accusa de brutalités envers des paysans, d'avoir exigé des contributions ou des travaux qui ne lui étaient pas dûs, d'avoir "couru des femmes et abusé d'elles", d'avoir blasphémé le nom de Dieu...

R. Fonville explique: "Si l'on se rapporte aux coutumes et aux moeurs de l'époque, c'était là choses fréquentes surtout parmi les gens de guerre. On aurait pu en dire autant de n'importe quel capitaine." On ne peut qu'être d'accord avec lui sur le fond, historiquement parlant.

Vus de notre siècle, plus de 350 années plus tard, ces violences sur les individus, ces harcèlements sexuels et peut-être même ces viols pratiqués sur de nombreuses femmes, sont et seront toujours totalement inexcusables quelle que soit l'époque. Cela suffit-il pour ramener le personnage de Lacuson à celui d'un vulgaire soudard ? Non, cent fois non ! D'abord qu'est ce qu'un soudard ? L'encyclopédie donne 2 sens :  mercenaire, et soldat grossier et brutal; (en général on peut être l'un et l'autre en même temps) Lacuson n'était pas un mercenaire mais un soldat régulier au service de SM le roi d'Espagne; il ne savait pas lire mais les textes qu'il dictait étaient clairs et émanaient sans le moindre doute d'un homme très intelligent.

Le gros problème de Lacuson, c'est que maintenant, nous le voyons sous un mauvais éclairage, il avait cru dans la couronne d'Espagne, (un bien mauvais maître) et il avait combattu les français qui étaient donc ses ennemis d'alors, mais les comtois sont devenus français et Lacuson s'est retrouvé dans le mauvais camp et le mauvais rôle, celui du vilain soudard accusé de tous les vices.

Lacuson injustement oublié ou méprisé par les municipalités

Oui, le nom de Claude Prost dit le capitaine Lacuson mériterait de figurer davantage sur les plaques émaillées des rues et des places de nos villes et villages comtois; que toutes les municipalités qui l'ont déjà fait, en soient ici félicitées et remerciées: citons-les  et pardon à celles que j'omets par manque d'information : je serais ravi de les y ajouter.

Dans le Jura: Dole, Lons-le-Saunier, Vernantois, Saint-Claude, Saint-Lupicin, Longchaumois, Crotenay, Menétrux-en-Joux

En Haute-Saône : Gray

Préface d'Edgar Faure

Le Président Edgar Faure a écrit en 1955 une remarquable préface au livre de Robert Fonville et je ne peux mieux faire de que de la retranscrire dans son intégralité. lire cette préface  Lire la préface d'Edgar Faure

A contre courant

Dans le genre soudard, Napoléon n'était pas mal non plus ! Que dire en effet de toutes ses exactions notamment en Espagne, de tous les soldats français et étrangers qu'il a fait tuer en entraînant la France dans des guerres stupides autant qu'inutiles, en Egypte, Italie, Espagne, Autriche, Prusse, Russie ...Les grognards de Napoléon

Prenons l'exemple de Borodino pendant la conquête de la Russie : 45000 morts, et Waterloo le 18 juin 1815 : La dernière bataille de Napoléon coûté aux Français plus de 40 000 hommes, aux Britanniques 15 000 hommes, aux Prussiens 7 000 hommes. Et pourtant, Napoléon, tyran sanguinaire, pourvoyeur de cimetières, véritable boucher du 19ème siècle, responsable de la mort de centaines de milliers, voire de millions d'êtres humains, est toujours honoré comme un des plus grands hommes que la France ait porté et ce dans tous les livres d'histoire; On a découvert récemment une immense fosse commune à Vilnius contenant des milliers de squelettes, restes des malheureux soldats de Napoléon morts de faim, de froid, de maladie et de blessures lors de la retraite de Russie.  Un grand nombre de villes ont des rues, des places, des boulevards portant son nom. Les noms de ses batailles figurent sur de nombreuses plaques de rues, surtout à Paris mais derrière ces noms glorieux, combien de morts, de blessés, de veuves, d'orphelins, de désolation, de drames inconsolables ??? Parmi ces victimes, mes  arrière-arrière-arrière-grands-parents jurassiens, Pierre Hyacinthe et Angélique Gradoz ont eu quatre fils tués lors de ces terribles guerres napoléoniennes.

Que dire d'Adolphe Thiers qui lors de l'épisode de la Commune de Paris entraîna l'exécution de 20 à 30.000 communards du 22 au 28 mai 1871  et fit déporter environ 7500 personnes? Combien de rues, de places Thiers en France ? Beaucoup trop assurément.

  Notes :

Longchaumois : " Comme son nom l'indique, fut dans l'origine un chalet parmi les vastes possessions des moines de Saint-Oyan-de-Joux (ancien nom de Saint-Claude) (Désiré Monnier) -

Cette commune de 5700 hectares, la plus vaste du Jura, est installée sur un vaste plateau. Le village est situé à 12 kms de Morez et à 13,5 km de St-Claude. Il posséde l'une des plus belles églises rurales du département du Jura. Construite dans la première moitié du 17ème siècle, elle témoigne des persistances romanes et gothiques dans cette partie du Jura : 4 paires de grandes arcades en plein cintre portent une voûte en vaisseau brisé; le coeur est voûté d'ogives.

Edgar Faure : né à Béziers ( Hérault)  en 1908, mort à Paris en 1988, juriste, historien, homme politique Radical-Socialiste. Le Président Edgar Faure-Il fit partie sous le Vème République de divers gouvernements et fut par 2 fois Président du Conseil  (1952 et 1955-1956) -  Sous la Vème République, il se rapprocha du gaullisme et fut 3 fois ministre notamment de l'Education Nationale ( 1968-1969) puis Président de l'Assemblée Nationale (1973-1978) - Il fut élu à l'Académie Française en 1978. S'il n'était pas Comtois de naissance, il l'était assurément de coeur et a prouvé son attachement à cette région et à ses habitants. Il a notamment créé à St-Claude, avec Alain Cole la confrérie des maîtres pipiers, le 1er mai 1966.

Député du Doubs, constamment réélu de 1967 à 1980, maire de Pontarlier de 1971 à 1977, il fut également Président du Conseil Régional de Franche-Comté à partir de 1974. Il fut élu député radical-socialiste du Jura en 1946, siège qu'il conserva sans interruption jusqu'en 1958, et confirma son implantation locale en devenant maire de Port-Lesney, mandat qu'il détint jusqu'en 1970, puis de 1983 à sa mort.  Il joua un grand rôle en Franche-Comté et son image très positive reste attachée au coeur des  Francs-Comtois bien longtemps après sa mort.

Voir la suite de la vie palpitante de Lacuson : Les combats de Lacuson

Les épisodes de la guérilla contre les français, les victoires et les défaites , les demeures de Lacuson : Montaigu, St-Laurent-la-Roche, les compagnons : Andressot, Pille-Muguet, Tranche-Montagne, La Jeunesse...

voir l'excellent site de Jean-Michel Guyon qui raconte l'histoire de ce château et les épisodes qui s'y déroulèrent pendant les guerres de Franche-Comté : http://jeanmichel.guyon.free.fr/monsite/histoire/cdc/cdc.htm -Lacuzon fait l'objet d'un article sur Wikipédia

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