|
HISTOIRE
DE MENETRUX-EN-JOUX
|
Quelques
données géographiques et historiques sur le village
Menétrux-en-Joux : le village dépend de l'arrondissement de Lons-le-Saunier, et du canton de Clairvaux-les-Lacs; il se compose du bourg et de 3 hameaux : la Fruitière à 1,4 km sur le plateau; le Val-Dessus et le Val-Dessous situés au fond de la vallée du Hérisson
Ces 2 hameaux du Val formaient autrefois une commune indépendante sous le nom des Vaux de Chambly; le dictionnaire Rousset des communes du Jura indique que la commune des Vaux-de-Chambly a été réunie à celle de Chambly le 13 juin 1815 et à Menétrux-en-Joux 12 décembre 1821. La commune de Chambly et celle de Collondon ont été réunies à Doucier en 1821.
Avant la Révolution, les Vaux dépendent de la paroisse de Doucier. les villages de Chambly et de Collondon (vocables saint Joseph et sainte-Vierge) devenus communes sont rattachés à Doucier: en 1816 pour Collondon, en 1822 pour Chambly, Menétrux-en-Joux dépend de la paroisse de Songeson (vocable saint Georges) Tous dépendent du bailliage de Poligny . © Photo Roland Le Corff 1966
Le Val Dessus et le Val Dessous : aujourd'hui sont célèbres dans tous les guides touristiques car ils sont un passage obligé pour accéder aux magnifiques cascades du Hérisson et aux lacs du Val et de Chambly, ainsi qu'à la ferme de l'Auroch et à la pisciculture.
|
|
|
|
Démographie au 19ème siècle: Extrait du dictionnaire des communes du Jura de Rousset datant des années 1850.
Population de Menétrux en 1790 : 139 habitants
Population des Vaux de Chambly: 84 habitants
Population réunie en 1846: 229 habitants; Population en 1851: 224 habitants; dont 119 hommes et 105 femmes.
Densité démographique: 25 habitants au km2
Répartition des 39 maisons: Menétrux :19; Val-Dessus: 8; Val-Dessous: 7; La Fruitière: 5;
Nombre de ménages: 45
Un peu d'histoire ancienne:
Menétrux dépendait en toute justice de la seigneurie de Châtelneuf, propriété indivise entre les religieux de Balerne et les Princes de la Maison de Chalon. En 1588, il n'y avait à Menétrux que 8 maisons, possédées par les familles Roux, Coiffier, Ramboz, et Richard. Il n'est donc guère étonnant que l'on rencontre autant de Roux et Richard dans les listes généalogiques concernant cette région. La famille Roux était la plus nombreuse et la plus riche. Rolin Roux était devenu tabellion ( c'est à dire un officier public qui remplissait les fonctions de notaire ) de la châtellenie de Châtelneuf; il obtint successivement différentes faveurs du de Hugues de Chalon et de Jean de Loulle, abbé de Balerne, telles que celles d'avoir un four particulier, d'aller moudre dans tels moulins qui lui conviendrait, de chasser, de pêcher, d'exercer des droits d'usage dans les forêts.etc Ses descendants augmentèrent encore en fortune et en considération, par leurs bonnes alliances, en sorte qu'ils étaient regardés comme les seigneurs du village. Ils avaient une maison avec tour féodale, et une chapelle castrale à côté, bâtie en 1664. (Castrale c'est-à-dire qui dépend d'un château.)
On retrouve un Roux au château de l'Aigle, à la Chaux du Dombief
dans un épisode qui débute le 15 novembre 1641: le baron de
Scey instruit que le comte de Courval voulait faire des courses ( des
opérations de pillage ) dans le Grandvaux et s'emparer du château
de l'Aigle pour y faire retraite , envoya à la hâte M. de Biarne
avec une compagnie qui moitié par ruse, moitié par force,
pénétrèrent dans la forteresse et s'y maintinrent
Les lieutenants de M. de Biarne, qui le remplacèrent dans le commandement
furent jusqu'en 1644 : M. Roux de Menétrux, La Grandeur, Merceret,
Mirandot et de la Chaux. Crédit
Photo Stéphane Vercez
Un roman très populaire à Menétrux : "Le Médecin des Pauvres":
Tous les habitants de Menétrux et beaucoup d'autres jurassiens ont du lire un jour le roman à l'eau de rose de Xavier de Montépin: "Le médecin des pauvres" qui se déroule justement dans la région des lacs, et met en scène notamment le fameux capitaine Lacuzon et ses frères d'armes, le capitaine Varroz, le curé Marquis, le trompette Garbas...
Claude Prost, dit Lacuson ( plus souvent écrit de nos jours Lacuzon) (1607-1687)
était natif de
Longchaumois dans le Jura, entre Morez et Saint-Claude, il lutta durant
près de 40 ans, à la tête d'une milice d'un millier d'hommes, contre les
tentatives d'annexion de la Franche-Comté par la France, notamment lors
de la première invasion de 1636, à lui tout seul, il mérite que j'y
consacre une page spéciale : voir :Le
capitaine Lacuson et la biographie
Le déclin
Les années 50-60 : Un village encore plein de vie
Dans les années 60, les vaches venaient encore boire,
nombreuses autour de la fontaine du village, on
comptait encore plusieurs agriculteurs en activité, qui produisaientt
du lait pour alimenter le" chalet" (la fruitière) où
l'on fabriquait encore le gruyère de Comté; les petits tracteurs
Farmall Cub, Massey-Ferguson, Mc Cormick, à la belle livrée
rouge, les pittoresques KIVA à 3 roues ou les petits Chauvin dépourvus
de toute carrosserie, sillonnaient l'unique rue du village au rythme lent
de leur diesel , faucheuse relevée sur le côté, parfois
attelés d'une "voiture" de foin lourdement chargée.
(
voir la page: tracteurs d'autrefois dans le Jura)
Le matin de bonne heure ( 6 ou 7 heures ), les ouvriers descendaient à pied ou en vélo à la scierie. Janier, le plus gros employeur du village, où l'on débitait de magnifiques pièces de sapin ou d'épicéa pour produire: charpente, chevrons, liteaux, frisette, voliges et toutes sortes de planches y compris pour les côtés des wagons de marchandises.
( Ci-dessus à gauche :Manoeuvre de la pompe à bras vers 1900-1910 ?? sur la place de Menétrux) cliquer pour agrandir 40 ko
D'autres scieries plus petites existaient, ainsi que 3 tourneries où
l'on fabriquait : manches d'outils, pieds de lits et de sommiers.
Années 70-80 : Le début de la fin
Hélas, la population des jeunes n'a pu se fixer, et il y'a eu vers la fin des années 60, une ruée vers l'Eldorado local, qui proposait des emplois et une vie plus"moderne" , j'ai nommé :Champagnole située à 26 km de là, en plein boum économique à cette époque.
Tout marchait bien : -la cimenterie du Mont-Rivel qui fournissait le colossal chantier du barrage de Vouglans qui avala des centaines de milliers de m3 de béton; il fut mis en eau en 1968.
L'aciérie de Champagnole, les nombreuses fabriques de meubles dont Riskoff était le fleuron, les jouets avec Jouef, célèbre pour ses superbes trains électriques etc...etc Champagnole attira comme un aimant toutes les populations des alentours en âge de travailler.
Dans une moindre mesure, Morez, Saint-Claude, Lons-le-Saunier et Lyon contribuèrent à vider la commune et ses hameaux de leurs forces vives.
Plus tard, à partir de la crise naissante de 1973 , la conjoncture se retourna progressivement, et l'on assista à une véritable Bérésina de l'emploi à Champagnole et ailleurs: fermeture d'usines, licenciements mirent fin pour un temps à l'intense activité économique de la "Perle du Jura"; le rêve champagnolais était brisé ( au mois d'aût 2001, Jouef fermait ses portes !)
Ainsi, progressivement, l'école ferma faute d'enfants, le ruban de la scierie Janier s'arrêta définitivement et la pendule de l'usine resta invariablement bloquée depuis, sur 6 heures, puis ce fut le tour de l'épicerie, unique commerce du village ( voir au temps du commerce ambulant) : Menétrux village presque exsangue de ses habitants, s'endormait dès l'automne pour reprendre un peu de vie en juillet, avec l' afflux des touristes en quête de la fraicheur des cascades et des lacs :Français, Hollandais, Suisses, Allemands, ....
Paradoxalement, Menétrux regardait passer ces dizaines de milliers de touristes chaque année sans en profiter ni sur le plan financier ni sur le plan de l'emploi local: c'est en fait Doucier qui ramasssait la manne, grâce à sa route menant aux lacs et aux cascades alors que seuls des chemins de mules permettent aux piétons courageux d'y aller par Menétrux.
Doucier attire depuis très longtemps les touristes de toute l'Europe du Nord par son lac de Chalain, son camping 4 étoiles, ses commerces bien pratiques, on y trouve : hôtels, auberges et restaurants.
Peu à peu, partout dans la région désertée, les maisons se ferment, sont vendues la plupart du temps à des étrangers à la monnaie forte : Suisses et Allemands principalement.
Menétrux en bref aujourd'hui :
Population : 48 habitants contre 38 en 1990
Altitude : de 500 à 675 m
Maire : M. Patrick Locatelli vient de succéder à Mme Lucette Guidoni aux dernières élections municipales de mars 2008.
Permanence mairie: mercredi de 17 heures à 18 h 30
Equipement : Ferme de l'Aurochs, passage du GR 559, Grand Huit du Jura
Patrimoine : Chapelle castrale du 17ème siècle datée de 1664 au toit couvert de laves, avec portail en plein cintre, les baies latérales pénétrant dans la voûte basse en berceau brisé continu, le chevet plat, le clocher-mur en façade qui témoignent ici encore des influences romanes. Devant se dresse un calvaire, et plus loin une fontaine à 2 jets, l'ensemble formant la place Lacuzon.. Félicitations à la municipalité d'avoir eu la bonne idée de baptiser cette place du village du nom de l'illustre héros de l'indépendance Comtoise ( voir la page consacrée à Lacuson) alors que tant d'autres l'ignorent ou le méprisent.
Chapelle du 19éme à toit de laves, à la Fruitière datée de 1824
Mégalithe de la Pierre Folle, lac du Val, belvédère de l'Eventail, cascades et grottes du Hérisson : l'Eventail et le Grand Saut ( ou Queue de cheval) Grottes du grand et du petit cellier, grotte Lacuzon
A voir absolument sur le web : pour ceux qui ne connaissent pas encore les paysages du Jura et les cascades du Hérisson: http://web10361.ntx.net/fr/fc/na_wf.html#herisson un site vraiment très bien illustré de I-France.
Jura : Les villages du canton des Planches en montagne : de Jean-Michel Guyon : http://jeanmichel.guyon.free.fr
Modélisme, randonnée et généalogie à Molamboz : de Stéphane Vercez : http://www.vercez.nom.fr/
Les aménagements du Hérisson : vaste parking et visite payante des cascades vont enfin rapporter de l'argent à la commune mais tout cela n'arrive t-il pas bien trop tard? J'avoue la première fois que j'ai découvert que l'on devait payer pour voir des cascades que j'ai parcourru des dizaines de fois gratuitement en près de 45 années, j'ai eu un choc, comment peut-on faire payer ce qui a été donné par la nature?
En fait, après réflexion, c'est une question de survie pour une commune qui disposait de tout temps d'un budget misérable compte-tenu de sa taille et du nombre d'habitants, ce qui lui interdisait bien des investissements nécessaires : adduction d'eau, voirie, aménagements touristiques, campings municipaux etc...etc
Sources
: une bonne partie des renseignements sur la commune est tirée
d'un article de Constance Rameaux paru dans le Progrès. / Sources
historiques et géographiques sur les communes: dictionnaire des communes
du Jura par Max Roche (arts et littérature Lons le Saunier 1998) / Alphonse Rousset le dictionnaire historique des communes du Jura./ Désiré Monnier: Les Jurassiens
recommandables 1828 / Nouveau guide du généalogiste et du biographe dans
le Jura édité par les Archives Départementales du Jura.
© Roland Le Corff page créée le 15/12/2002 - version du 18/03/2008