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CHICAGO, LE QUARTIER MYTHIQUE DE TOULON (page 1)

Chicago, le petit Chicago ou tout simplement Chicag' pour les marins, ce quartier mal famé de Toulon situé au bas de la vieille ville,  juste à la sortie de la porte principale de l’arsenal, contribua largement à asseoir la mauvaise réputation de la ville lui donnant durablement, une image détestable qui perdurera hélas très longtemps...C'était le lieu privilégié des sorties nocturnes des permissionnaires.

le but de cette page est faire revivre cette époque aujourd'hui révolue grâce aux témoignages de quelques personnes qui l'ont bien connu.

; Quartier aujourd'hui en pleine rénovation ou plutôt en pleine démolition : les pelleteuses se chargent depuis quelques années, d'effacer petit à petit les traces de ce passé pittoresque. Des pans entiers sont déjà rasés notamment le secteur de la rue de l'Équerre.Voici ce que dit le site Net-Marine : http://www.netmarine.net/forces/operatio/toulon/aujourd.htm à propos de Chicago, sous le titre : Chicago n'est plus ce qu'il était !

OFF LIMITS

"Dans les années 50 quel matelot n'a pas, un jour où l'autre, été traîner dans ce quartier situé à quelques mètres de la porte principale de l'arsenal entre les rues Victor Micholet et Pierre Semard appelé aussi "Chicago" ? Quartier chaud de Toulon avec ses rues grouillantes de filles de joies. De cette époque d'après-guerre il ne reste presque plus rien. Les pâtisseries orientales et les échoppes de change francs/ dollars ont remplacé les bars tapissés de néons trop voyants et aux intérieurs trop sombres.

Seules les escales des grosses unités de l'US Navy redonnent quelque peu vie à ces rues jadis pourvues d'une quarantaine de bars de nuit; mais la Navy est très strict avec ses "boys" et au moindre incident, elle décrète le périmètre "Off limits", interdisant pratiquement son accès. I

ll ne reste plus, aujourd'hui, que six ou sept bars dans ce quartier devenu peu à peu un quartier comme les autres. Seul le mythe demeure."

Off  limits!   j’imagine bien les grands gaillards de la MP (Military Police) avec leur casque et leur matraque, patrouillant dans ces quartiers à la recherche des matelots de l’US Navy en goguette dans les zones hors limites ( voir aussi la page sur le quartier réservé)

Quartier pourri, quartier chaud, bars à matelots, bars à hôtesses, prostituées, proxénètes, abri de la pègre locale, bagarres, trafics en tous genres,...ne sont qu'une partie du florilège utilisé, quand on évoque ce quartier  de la "basse ville "de Toulon, surnommé Chicago. L'appellation basse ville est déjà en elle même un peu insultante pour ceux qui y résident; le terme de vieille ville est plus sympathique et il ne faut pas faire d'amalgame : il y'avait là toute une population certe très modeste dont beaucoup d'origine immigrée, qui était laborieuse et tout à fait honnête. Des gens parfaitement respectables vivaient et travaillaient dans ce quartier ; des commerçants, restaurateurs, hôteliers, des boutiques de tailleurs, des marchands de galons, médailles, photos et souvenirs de la Marine...Non tous les habitants du quartier dit Chicago n'étaient pas des tenanciers, des maquereaux, des membres de la pègre, des gangsters et des trafiquants...

Au bonheur des marins en bordée :

Toulon est depuis longtemps un grand port de guerre, chaque année des milliers de marins y débarquaient de tous horizons; après parfois des mois passés en mer, il fallait bien se changer les idées, une fois mis le pied à terre et posé le sac. Les bars proches du port sont dans tous les ports du monde un lieu d'accueil et de détente.

A Cherbourg il y'avait la rue de la Soif ( rue de la Paix en fait), à Brest, le quartier de la Recouvrance; il devait bien y'avoir un quartier chaud à Lorient aussi; tous les ports avaient leurs quartiers spécalisés, leurs bars à matelots, leurs filles de joie et alors.? Est-ce une raison pour jeter l'opprobre sur les gens qui habitent ce quartier et par extension sur toute la ville?

  •  Pourquoi Chicago ?

Pour commencer, il est fort probable que l'appellation ne vienne pas des Toulonnais eux-mêmes mais de marins venus d'ailleurs qui lui ont attribué cette appellation peu flatteuse; on peine à imaginer les Toulonnais s'affubler d'une dénomination aussi infamante. Ils aiment trop leur ville pour ça.

Chicago, capitale de l'Illinois, c'était dans les années 30, le symbole de la pègre, de la prohibition avec ses trafics d'alcool, ses mitraillages à la Thompson à chargeur camembert, Al Capone, Franck Nitti...

Photo ci-dessus : Un matelot en balade dans une rue animée du petit Chicago en 1948 (L'illustration)

Même Tintin en Amérique met déjà en scène Al Capone...Chicago, est ainsi devenue le symbole du grand banditisme.  L'appellation de Chicago ou de petit Chicago pour ce quartier de Toulon, n'apparaît qu'après la 2ème guerre mondiale, je ne sais pas quand avec précision : peut-être 1948, 1950, qui le sait?  Au fait savez-vous qu'il existe une ville de Toulon dans l'Illinois? Mais elle ne compte que 1400 habitants.

Sachant qu'aux USA, la prohibition finit en 1933 et qu'Al Capone meurt en 1947 à Alcatraz, ce terme de Chicago paraît déjà bien obsolète en 1950.

Cliquer pour agrandir

Les limites géographiques de Chicago : Le périmètre de Chicago n'est certes pas fixé de manière précise, il varie selon les dires des uns et des autres; cependant on peut en délimiter les bases indiscutables : les bases du trapèze sont les rues Pierre Semard et Victor Micholet. Il faut savoir que la rue Pierre Semard était dénommée précédemment "rue du Canon" à cause d'un canon fiché au coin de la rue à l'angle donnant sur la rue Anatole France.

Ce canon existe toujours. (photo ci-contre R. Le Corff ) En 1945, la municipalité décida de débaptiser cette rue du canon et la renomma rue Pierre Semard du nom du syndicaliste communiste, fusillé à Évreux en 1942, par les Allemands. Il faut dire que le maire à cette époque, était Jean Bartolini membre du Parti Communiste Français. Pierre Semard eût peut-être mérité une rue un peu plus glorieuse. Pour la petite histoire concernant l'autre rue, Victor Micholet fut maire de Toulon entre 1912 et 1919.

Petit rappel historique de la rue Pierre Semard ou rue du Canon : (tiré du livre de Danielle Massé)

"A l'origine cette rue était appelée rue St-Sébastien,du nom d'une chapelle dédiée à ce saint,édifiée par la confrérie des pénitents bleus en 1573.Cette chapelle était située à l'angle des rues Savonniéres et Larmodieu.Elle fut détruite par un incendie en 1787 et la rue prit alors le nom de rue du Canon à cause d'un vieux canon qui servait de chasse-roue au jardin des Capucins,conservé à cet usage pour les maisons baties plus tard sur le même emplacement.

Depuis 1945, la rue du Canon est devenue rue Pierre Semard,député du Parti Communiste Français,ancien cheminot syndicaliste, résistant fusillé à Evreux (Eure) par les Allemands pendant la guerre de 1939/1945, bien que les vieux Toulonnais continuent encore à l'appeler par son ancien nom, la rue du Canon autrement plus pittoresque.

Elle est intégrée dans ce quartier surnommé 'CHICAGO' à cause des rixes fréquentes entre marins,proxénétes et marginaux de tous bords,fréquentant les nombreux bars aux néons trop voyants et à l'intérieur trop sombre,distillant à longueur de jour et de nuit une musique langoureuse,que fredonnent d'un air engageant nombre de "dames galantes" debout sur le seuil.

Ambiance bien différente de celle que connut l'amiral Dumont d'Urville,qui habita une maison bourgeoise en son temps à l'angle de la rue des Riaux et de la rue Pierre Semard.Cet explorateur,qui découvrit la Terre Adélie,fit en effet de longs séjours à Toulon,où il se maria (1790-1842)."

Photo X ....Cette photo des Ets Mercier est d'autant plus intéressante,que cette "institution" a disparu il y a quelques années ( remplacé par un fast-food Speed Burger) et c'est bien dommage. Le document en couleur restitue bien le bleu pastel délavé des boiseries de la vitrine.

Ce magasin vendait essentiellement des photographies de navires de guerre français et étrangers de la collection Marius Bar (de magnifiques photos en noir et blanc des principales unités de la flotte, de vieilles photos format carte postale de bateaux des années 1920/1930 colorisées en bleu) et puis toutes sortes d'insignes militaires et civils, décorations et autres souvenirs.

Les gens qui tenaient ce magasin (j'ai connu deux générations) étaient vraiment des 'figures'". Il me semble bien que le successeur s'appelait Colson. La boutique était rue Anatole France, au coin de la rue du Canon, côté face au canon. En 1989, on pouvait lire paraît-il dans sa vitrine : "Chicaoued Babelgo rue Anatole de moins en moins France"

Dans le prolongement du magasin on distingue le début d'une autre boutique qui s'appelait Cyr. C'était un tailleur pour vétements civils et de marine. Il faisait partie de la famille Febbraïo et possédait à l'époque la premiére Jaguar type E livrée à Toulon ( source Jacques Visconti

On cite également  "Au marin élégant" parmi les innombrables magasins spécialisés dans les teneus fantaisies pour les marins et tous les accessoires ( galons, boutons..etc)

Concernant le fameux magasin bleu Mercier, il est même cité et dessiné par Cabu dans un numéro spécial de Charlie Hebdo "Charlie Hebdo saute sur Toulon" paru en décembre 1995 à l'occasion de l'élection du FN à la municipalité et comporte même une interview du patron de l'époque. Ce numéro est un brûlot haineux contre Toulon, sa marine (il contient des dessins ignobles sur les marins) , ses commerçants, ses hommes politiques..tout le monde en  prend plein la g......Bref il est assez difficile d'apprécier ce numéro lorsqu'on est Toulonnais et cela, quel que soit son bord politique :  Tout le monde a droit à un minimum de respect à droite comme à gauche.  Pour info, voir les 2 extraits Mercier 1 et Mercier 2.  Il n'est jamais agréable de voir traîner dans la boue, Toulon et les Toulonnais...on ne méritait pas ça ! Bon Dieu, on n'avait quand même pas la peste en 1995 !!!

 

Les limites de Chicago : Sur cet extrait de plan daté de 1962, j'ai colorié en en vert la zone située à l'intérieur du périmètre. Il est délimité à l'ouest par la rue Anatole France, au sud par la rue Victor Micholet, au nord, par l'ex rue du Canon (Pierre Semard) et à l'est par la rue d'Alger. ( cliquer sur la carte pour l'agrandir) -

Le rectangle bleu indique l'emplacement du cinéma Caméo bien connu des marins (voir page sur les cinémas de Toulon) situé dans la rue Henri Seillon ( ex. rue des Marchands) et la page sur les cinémas Caméo et Lafayette.

La porte de l'arsenal à cette époque donnait juste en face de l'entrée de la rue Victor Micholet; elle a été déplacée de 200 m en 1976, pour être replacée devant le musée de la Marine face à la place place Monsenergue.

Il y'avait à l'intérieur de cette zone, la rue de l'Équerre (zone rasée de nos jours), la bien nommée du fait de sa forme en angle droit. Certains marins louaient des petites chambres dans ces rues, pour avoir un pied-à-terre à Toulon lorsqu'ils étaient permissionnaires.

Il y'avait également la rue des Savonnières, la rue Nicolas Laugier, la rue du Noyer et la rue des Riaux. La rue Trabuc ( devenue Camille Auban), était déjà déjà assez conflictuelle en 1955-56, étant la première enclave immigrée dans la basse ville. Ce serait dans les vingt premiers mètres de cette rue Trabuc, que l'implantation des premières familles d'origine maghrébine aurait débuté.

"Il est nécessaire d'affiner ce périmètre car deux rues allant de la rue du Canon vers la rue Vezzani et la rue Vezzani elle-même, en faisaient partie avec leurs nombreux bars à matelots; d’autre part le début de la rue de la République doit être aussi inclus pour les mêmes raisons. Enfin les rues comprises entre la rue d'Alger et la rue Chevalier Paul au sud de la rue du Canon, n’avaient pas de bouges à ma connaissance. Par contre il y en avait aussi entre la rue Jean Jaurès et la rue César Vezzani "(Robert C.)

Cette rue n'existait pas encore sur le plan de 1962 ci-dessus, elle a été percée plus tard dans le prolongement de la rue Louis Jourdan, celle qui passe devant l'église St-Louis.

Chicago raconté par ceux qui y'ont vécu :  Christian R. est né au cœur de Chicago, il sait vraiment de quoi il parle quand il évoque le quartier de son enfance et de sa jeunesse puisqu'il y'a vécu entre l'âge de 4 ans et de 18 ans."Le quartier chaud, du moins dans les années 60-74, que je connais, était, en gros, délimité :

- au nord par la rue Jean Jaurès,qui débouche sur la place du Théâtre;

- à l'ouest par la Place d'Armes. En fait, avant la destruction du quartier bordant la corderie pour élargir l'autoroute et construire le parking souterrain, le quartier allait un peu jusqu'à la prison. Je me souviens d'hôtels de passe dans le coin, quand j'étais gosse. On y voyait encore en 2003, des prostituées !

- à l'est, rue d'Alger. Jusqu'à la guerre cependant, le quartier allait plus loin, entre autres vers le quartier du Pavé d'amour ( croisement rue de Lorgues et rue Paul Landrin), au nord du stade Mayol;

- au sud, l'avenue de la République, celle du port.

La rue du Canon est la plus connue, en fait, la rue la plus chaude et la plus animée était la rue Chevalier Paul, perpendiculaire à la rue du Canon et qui descend vers le port, rue bordée de part et d'autres de bars à marins.

La rue Chevalier Paul, petit rappel historique : (tiré du livre de Danielle Massé)

"A l'origine appelée rue Neuve à cause de la solidité de ses maisons et de leur parfait alignement, la rue Chevalier Paul est aujourd'hui l'une des plus vétustes...bordée de cafés aux enseignes accrocheuses et d'hôtels sordides.Elle est le repère,la nuit venue,de matelots en goguette et de filles accueillantes. Elle fait partie de ce quartier surnommé "Chicago" par les vieux toulonnais en référence à la ville natale d'Al Capone,dénomination qui résume prosaïquement mais efficacement les activités quelque peu interlopes pratiquées dans ce secteur "chaud" de Toulon."

Chicago et la prostitution :  Je peux confirmer que la Vème République n'a pas  mis fin à la prostitution. Si cette dernière n'avait plus cours en maisons closes, interdites par la loi Marthe Richard (votée en avril 1946), en revanche quiconque, mataf ou civil, se baladait dans les rues de Chicago pouvait constater que les prostituées étaient encore bien là dans les années 60 et 70, surtout en période d'escale de navires de la flotte américaine de Méditerrannée....

Ce qui était en revanche interdit, c'était le "raccolage" : la dame pouvait se tenir devant un porche mais en aucun cas s'adresser aux clients potentiels... De même, très contrôlé, le "proxénétisme hôtelier" : les hôtels n'avaient pas le droit de louer des chambres aux prostituées et à leurs clients. Dans les années 60 existait encore le système des fiches d'hôtel : le client remplissait une fiche d'identité qui était rcoltée chaque soir et acheminée au commissariat de police.

Dans Chicago patrouillaient la police, la police maritime (la "patrouille", pour laquelle à tour de rôle les unités fournissaient les "heureux élus"), le tout complété par la surveillance discrète de la brigade des Moeurs et bien sûr et surtout du Milieu toulonnais et marseillais. De ce fait, Chicago était un quartier sûr !!! (Texte Christian R.)

Photo collection particulière Robert C. ( En octobre 1956, 2 marins bien entourés par une charmante barmaid dans un bar de Chicago; la photo est prise juste avant le départ des 2 matafs - Le flipper et l'inscription sur la vitrine, toute une époque !   Les visages ont été en partie masqués par souci de respect de la vie privée) cliquer pour agrandir

A babord, toute !  Pari des marins en goguette : remonter la rue par babord, jusqu'à son extrémité en s'arrêtant à chaque bar, puis redescendre par tribord (ou l'inverse). Aucun n'y arrivait pour cause de résistance au pastis et à la bière ou ... de limitation des billets de la faible solde ! Les "entraîneuses étaient redoutables ! ( voir la page 3) pour les détails.

Un témoignage de Christian R. : "Mes grands parents tenaient un restaurant asiatique en plein Chicago, quartier...très sûr !!! Eh oui ! car surveillé par la police, la gendarmerie maritime, les patrouilles militaires et, surtout,...le "milieu", qui n'avait pas intérêt à ce que les visiteurs se fassent agresser.

A 8 ans, je restais dans la rue avec les "garris" du coin jusqu'à 23 heures !!! Quartier aux personnages pittoresques : le vitrier, le vendeur de brousse avec sa trompette, le cordonnier Maurice, figure toulonnaise, qui a pris sa retraite il y a deux ans après 60  ans de travail, les prostituées, pour qui je faisais les courses pour me faire de l'argent de poche et qui dînaient à notre restaurant au premier service, vers 18 heures, avec moi, avant que j'aille faire mes devoirs pour ensuite revenir travailler au restaurant (souvenir ému, vers mes 14-15 ans, de l'une d'entre elles, superbe, avec toujours un décolleté plongeant époustouflant qui me distrayait fort du riz cantonais de mon assiette..)

Les prostituées avaient souvent des surnoms ou des prénoms de travail : "l'Allemande, la brune, la rousse, Mimi, Rita, Myriam" etc. Femmes à la vie privée souvent triste mais qui savaient rire et être adorables avec le mignon gamin que j'étais. Moins amusant : les souteneurs, ou "maquereaux", parfois caricaturaux.

Souvenirs aussi des batailles rangées entre marins et militaires, marins et légionnaires, marins français et marins de la VIIème flotte américaine, en pleine guerre du Vietnam.

Quartier bruyant, avec plein de monde jusqu'à au moins 2 heures du matin, quartier doté de plein de bons restaurants (dont le mien !) où les Toulonnais venaient pour dîner car le reste de la ville était un désert gastronomique. Maintenant, le quartier est mort !

J'ai gardé le logement de mon enfance, situé en plein...Chicago !!! Je suis un enfant du quartier, quartier qui a disparu, tout comme le Toulon de mon enfance, tué par les projets fous, l'hypermarché en plein centre ville (une aberration pour les urbanistes !!!), les "affaires", la corruption, la fin de la marine de jadis etc..." (C.R...)

Souvenirs de la rue de Pomet : Un témoignage de  "Micrey" qui habitait Rue de Pomet dans les années 60 :

"Voici quelques images des années1965, rue de Pomet, qui ont marqué la petite fille que j'étais en raison de l'animation qui y régnait  :

  • Rue de Pomet dans les années 60, il y'avait un seul restaurant asiatique qui s'intitulait "le Saïgon", les propriétaires étaient très sympathiques et avaient une fille.
  • Chaque jour, le marchand de brousse (*) passait en tenant un panier au bras. Il soufflait dans une corne (les enfants l'appelaient le "turlututu") pour signaler son passage. Les ménagères descendaient pour acheter les fromages (le fromager tenait son commerce avec sa femme rue du Bon Pasteur. Tous les soirs j'allais chercher le lait que je ramenais dans une bouteille en verre).
  • Le facteur distribuait le courrier 2 fois par jour (le matin il portait les mandats et l'après midi le courrier), le vaguemestre lui, avait un triporteur jaune à pédales dans lequel étaient rassemblés tous les colis.
  • Le vitrier marchait dans la rue muni d'un arnachement dans le dos et portait des vitres de différentes grandeurs, il criait "vitrier, vitrier..."
  • De même l'aiguiseur de coûteaux, ciseaux  ( le rémouleur) , stationnait dans la rue et les habitants lui amenaient les ustensiles. Ils étaient aiguisés sur place.
  • Le marchand de glace circulait en camionnette et donnait des coups de klaxon. Il ouvrait la porte arrière du véhicule et coupait les pains de glace avec une hâche à la dimension voulue. Les éclats de glace sautaient de partout. Il enrobait la glace dans une couverture et livrait les habitants qui déposaient ensuite la glace dans la glacière car tous ne disposaient pas de "frigidaire"
  • De temps à autre passait une personne habillée avec une robe à volants. Elle chantait et dansait dans la rue. Les habitants aux fenêtres lui lançaient des pièces de monnaie.
  • Tous les ans avait lieu la "fête costumée des enfants". Le cortège prenait la rue de Pomet pour se rendre au Théâtre. Tous les enfants étaient beaux et heureux.

    En ce qui concerne l'activité des commerçants de la rue :

  • -Le coordonnier travaillait dans une pièce très réduite, j'étais toujours étonnée par le nombre de chaussures accumulées dans ce petit espace, l'odeur du cuir, des chaussures, le bruit des poinçons sur les ceintures.
  • J'admirai aussi le propriétaire du magasin d'électroménager; tête baissée, il  portait les frigidaires, les gazinières sur son dos, toujours à vive allure.
  • Le ferronnier qui avait un petit commerce duquel s'échappait une multitude d'étincelles bleutées vers la rue. Il  soudait sur son établi.
  • Le teinturier avait toujours la porte ouverte. Le linge était bien plié. Une bonne odeur de produit, de linge propre se diffusait dans les airs.
  • La droguerie faisait l'angle du bas de la rue avec la rue Pierre Sémard (rue du Canon à l'époque). Le grand père de la boutique était toujours assis sur un petit tabouret.
  • Dans la rue du Canon, on ne peut oublier la pâtisserie "Calvy" où l'on se régalait de succulents gâteaux !... (les éclairs étaient revêtus de petits grains en chocolat, la bonne odeur de pâte à choux ! J'en ai encore l'eau à la bouche !); un peu plus loin, le coutelier qui portait sa grande fille handicapée.
  • Sur le parking de la rue du Bon Pasteur se tenait aussi un "camion frites". De nombreux marins y achetaient des sandwichs, des frites, des boulettes.... A l'extérieur, des personnes épluchaient les pommes de terre et les rinçaient dans des bassines jaunes. Un peu plus haut se tenait un restaurant asiatique. La décoration était très représentative surtout l'entrée.
    La plupart de ces commerces n'existent plus. Dans cette rue , vivait une population de gens corrects, sympathiques, travailleurs et honnêtes.

    De belles fêtes gratuites se déroulaient à Toulon et dans les quartiers avoisinants (Saint-Jean-du-Var, le Mourillon, le Pont-du-Las...) notamment  :

  • - la Gazette aux chansons (camion podium mobile équipé d'une scène où chacun pouvait pousser sa chansonnette sur sélection et récompense au lauréat)
  • - les fêtes folkloriques (défilés de groupes folkloriques dans la ville)
  • - la grande braderie de Toulon
  • - les joutes sur le quai de la rade
  • - le grand défilé du 14 juillet
  •  Le "corso fleuri", de beaux chars couverts de fleurs et de belles batailles !

 

Strip tease à Chicago : Rue Victor Micholet (à gauche en allant de l'Arsenal vers la place Gambetta),il y a eu pendant les deux décennies 50 et 60, un grand (par la taille) établissement de strip tease : Le Papillon qui s'est appelé ensuite le Clapotis. C'était une "institution" nocturne de Chicago (source J.V.)

Quelques images d'époque (1953) Avec ses rues sombres, sales, étroites, souvent mal éclairées , ses immeubles vétustes et inconfortables et insalubres, la vieille ville offre un aspect de quartier déshérité, oublié des élus de l'époque qui ont tout misé sur la reconstruction des quartiers détruits par la guerre. Le linge qui séche aux fenêtres évoque irrésistiblement l'Italie du sud ou le Portugal; les photos auraient pu tout aussi bien être prises à Naples ou à Lisbonne.

D'après Robert C., les quatre photos en  noir et blanc de cette page, semblent concerner des axes nord-sud, autant par leur longueur, que par le Mont Faron, visible sur l'une d'elles.
D'est en ouest, il n'y a pas d'axe rectiligne dans Chicago, sauf la rue du Canon (Pierre Semard) mais elle accuse une pente assez forte, qui la fait reconnaître au premier coup d'oeil. Les photos semblent représenter l'axe rue du Noyer-rue Charles Poncy ou bien rue Nicolas Laugier- Rue de Pomet (rue de Pomet, se trouvait le restaurant Haïphong, qui servait un délicieux poulet au carry, entre autres délices asiatiques).
La plus étroite de ces rues semble bien être l'axe Richard Andrieu- Rue de la Glacière, où j'avais loué une place dans un petit garage, pour ma moto.


Gabriel Jauffret décrit la situation de la vieille ville après la guerre : "La basse ville que l'on commence à appeler Chicago après la guerre, est parsemée de boutiques de tailleurs où les marins se fournissent en vareuses et font coudre leurs galons. La Visitation, quartier réservé, connu pour ses maisons de tolérance chères à Francis Carco, est en déclin suite à l'adoption de la loi Marthe Richard en 1946.

Ce sont aussi des quartiers d'habitation : oui, mais la vieille ville commence à se dégrader et se paupériser. Seuls restent ceux qui ne peuvent pas partir, notamment des étrangers. De nombreux Italiens se sont installés dans les années 1920. Après la guerre, viennent principalement les nouveaux immigrés  d'Afrique du Nord" (Ils seront bien vite dénommés nord-africains et "norafs" en raccourci, par les Français de l'époque)

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(*) La brousse ( brousse du Var ou brousse de Toulon) est un fromage frais originaire de Provence; il était notamment fabriqué sur le littoral varois, près de Toulon. C'est un caillé doux issu du lait de brebis présenté en faisselles de 5 cm de diamètre et de 2,5 cm de haut, d'un poids de 60 grammes environ. La vente devait se faire très vite car le caillé est non ressuyé et non salé.

Sources et remerciements : Jacques Visconti - Christian R. - Robert C..- Dossier paru dans L'Express : "spécial  Toulon, il y'a 50 ans" du 07/08/2003, Gabriel Jauffret, ancien journaliste du Méridional et de Var-Matin, chroniqueur de marine et membre des Amis du vieux Toulon, interrogé par Alice Tillier. La photo des établissements Mercier a été trouvée sur Internet il y'a plusieurs années, malheureusement je n'ai pas réussi à en retrouver l'auteur...qu'il me contacte s'il reconnaît son oeuvre.

Danielle Massé : "Toulon pas à pas ses places,ses rues,ses quais" - 1993 - Editions Horvath - ( merci à Jacques V. pour m'avoir donné ces renseignements) -

"Micrey" pour ses souvenirs d'habitante de la rue de Pomet dans les années 60.

Net-Marine : http://www.netmarine.net/forces/operatio/toulon/aujourd.htm ( site non officiel de la Marine Nationale) - Et enfin, un lien très amical également vers le site des anciens cols bleus pour lequel j'ai beaucoup d'estime : http://www.anciens-cols-bleus.net/

Image "Off limits" trouvée sur le site : http://www.strictly-gi.com/page86.html

© Roland Le Corff 2008 -  Version du 18/11//2013